‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 196 sur 225 · LA GUERRE DES PAYSANS. A · texte numérisé non relu

LA GUERRE DES PAYSANS. A

furent pas perdues, et à moins d'un demi-siècle de distance, un prince lorrain, frappé mortellement, les répétait à son assassin. Elles avaient passé inaperçues entre les lèvres du paysan révolté, un duc de Guise en Ct un mot historique.

An loi ne, après avoir appelé à son aide ses deux frères, Claude de Guise et Louis, comte de Vaudemont, s'avança contre les rusteaux, à la lète d'un ramassis composé d'Albanais, de Stratiotes. de Piémonlais, d'Espagnols, de lansquenets, armée de bandits, qui semblait créée exprès pour la sanglante besogne que l'on attendait d'elle.

Une première troupe de paysans était retranchée près de Lupfstein , petit village à trois lieues de Saverne, où était Gerber avec le gros des insurgés. Guise met le feu à leur camp ; ils se retirent en bon ordre dans le bourg et s'y défendent avec héroïsme. Mais le duc les y attaque, met, sans sommation, le feu au village, comme il l'a mis au camp, le fait entourer pas ses troupes, et les rusteaux sont massacrés jusqu'au dernier.

Abattus par ce premier échec, les paysans de Saverne de- * mandent à traiter. Ils mettront bas les armes, et on leur accorde à cette condition de se retirer la vie sauve. La capitulation signée et les rusteaux désarmés, les bandits du duc de Guise commencent le massacre. Se voyant trahis, ils rentrent dans la ville, espérant y reprendre leurs armes. Mais la garnison se joint aux assaillants, et alors commence un carnage demeuré sans exemple dans l'histoire hideuse des cruautés humaines. Nul ne put, de trois jours, marcher par les rues de Saverne, tant elles étaient inondées du sang de vingtquatre mille cadavres, hommes, femmes et enfants, égorgés par les bourreaux des princes lorrains. Aucune maison n'échappa au pillage, même celles des nobles et des serviteurs de l'évêque. Toutes les femmes, de l'aveu même de l'historien Rappolslein qui exalte cette victoire, toutes les

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