A 70 LA GUERRE DES PAYSANS
femmes furent enlevées, traînées au camp, violées en présence de leurs maris et de leurs parents, dont la mort ne fut retardée de quelques instants que pour les faire assister à cet effroyable spectacle. (Dom Calmet. — Alex. VVeil.)
Gerber fut pris à Saverne même, et Guise le fit pendre le lendemain, Le duc se rendit de là à Marmoustier, pilla le château qu'il détruisit ensuite, et lit pendre plusieurs prédicateurs évangéliques.
Exaspérés par tant d'horreurs, les paysans de la haute et de la basse Alsace jurent de venger dans le sang des soldats (je Guise les victimes de Saverne, s'avancent au nombre de dix mille, et se retranchent auprès de Scherweiler. Mais les rusteaux sont trahis par les nobles qui les dirigent, Guise fait incendier Scherweiler, et à la lueur de ce vaste incendie, trente mille soldats bien armés attaquent la nuit six mille paysans réfugiés sur une éminence. Couchés à plat ventre et dans l'ombre, les bandits du duc tiraient presque sans être vus, et cependant, au bout d'une heure de combat, trois mille d'entre eux ne devaient plus se relever. Quant aux paysans, chacun était tombé à sa place, la colline s'était élevée de quelques couches de cadavres, et mille combattants dominaient encore cette montagne humaine, lorsque Guise, estimant que la mort de ceux-là lui coûteruil encore trop de soldats, lit cesser le combat. A la faveur de la nuit l'héroïque phalange opère sa retraite vers une forêt voisine. Le duc se retire de son côté, craignant une nouvelle attaque, mais non sans avoir fait décapiter auparavant trois cents prisonniers à la lueur des flambeaux (1).
Plus de quarante deux mille paysans avaient péri, l'étendard des paysans était lotnbé, la société était sauvée une fois
i) Suivant dom Caliuet, li.OOO paysans auraient encore été massacrés a Scherweiler.