LES CAMPAGMES AU PILLAGE
qui avait souffert, c'élait la cour qui se réjouissait, c afin d'ensevelir la mémoire des brùlements, pilleries, meurtres, violements et pertes d'amis que si longues guerres avoient menés en ce royaume (1). » La nature se mit de la partie, les saisons se déplacèrent, et, au bout de cinq années de perturbation dans la température (1528-1534), la peste et la famine réunies emportèrent le quart de la population du royaume (Mézeray, VII, 402). Le désordre, l'anarchie étaient partout; le pillage était devenu un moyen d'établir honorablement ses enfants (2), le chef volait ses soldats, comme ceux-ci volaient les hommes des « villes champêtres ; » et c'est en vain que l'on pressurait le pauvre ahanier, réduit, dans bien des provinces, à disputer aux porcs les glands des forêts (Léopold Pelisle, 198), pour lui arracher des deniers que se partageaient et empochaient impudemment les plus puissants de l'Etat, chefs judiciaires aussi bien que chefs militaires, aussi bien que gouverneurs de provinces.
Le comte de Chateaubriand était gouverneur de la Bretagne : Varillas l'accuse d'avoir lâchement assassiné sa femme, qui avait, comme tant d'autres, obtenu les faveurs du volage monarque, dans le même temps qu'elle accordait les siennes à Boucicaul et au connétable de Bourbon, après avoir poussé aux honneurs ses frères, parmi lesquels le célèbre maréchal de Lautrec. Mais ce sont là des détails de ménage : passons. La province s'impose exlraordinairement pour faire creuser et élargir la Villaine, afin que les vaisseaux puissent remonter jusqu'à Rennes, et confie au gouverneur le soin de percevoir et d'employer les fonds destinés à ces travaux immenses, qu'il doit surveiller, accélérer et conduire à bien. Le comte emploie à son profît l'argent de la province, e£, douze années
(1) Mémoires de fi'r. de Scipeuttx, sire de fieilleville, I, 90.
(î) « Or, peut-éïre qu'il y en a aucuns qui diront : Si je ne dérobe le roi el les soldats, à présent que j'ai charge, comment achepterois-je des biens pour pourvoir mes enfants ? » — Comment, de Biaise de Montluc, 1, 16.