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durant, arrondit son domaine au lieu d'élargir la rivière.
C'eût peut-être été le devoir du premier président LaPommeraye d'user de son autorité pour faire cesser ce vol déhonté : il aima mieux se faire le complice d'un ignoble chantage, découvrit le tout au connétable de France, — le fameux Anne de Montmorency, — et lui expliqua comment, avec un peu d'adresse, il lui en pourrait revenir « un grandissime profit.»
Le connétable se fait donner par le roi mission d'aller reconnaître par les provinces les déportements des gouverneurs^ et arrive chez le comte, que, depuis huit jours, le premier président avait su amener à l'état de terreur nécessaire pour le faire consentir à tout ce qu'il voudrait. Or ce que voulait et ce qu'obtint Montmorency, c'était la succession même du comte, qui la lui assura, et qu'il eut en effet, comme il avait eu déjà, sans doute par de semblables moyens, celle de messire de Villebranehe, autre gentilhomme breton (1).
C'est grâce à ces spéculations hardies que le connétable put élever le château vraiment royal d'Ecouen, confisqué par Louis XIII sur Henri II de Montmorency. Les petits tyrans dépouillaient Jacques Bonhomme : des tyrans plus puissants dépouillaient les premiers, pour être à leur tour dépouillés par les rois.
Quand la cour était à bout de ressources, l'odieuse gabelle payait les frais des plaisirs royaux. L'Anjou nous en a montré un premier exemple en 1519. En 1541, à Châtelleraul, François I" célèbre avec magnificence le mariage de sa nièce, la princesse Jeanne d'Albret, avec le duc de Clèves : il rehausse encore le prix du sel et étend la gabelle sur tout le royaume.
Mais tandis que le peuple se vengeait en appelant ces fêtes les noces salées, il était certaines provinces, atteintes plus directement dans leur prospérité, qui, prenant moins gaiement les choses, répondaient par l'insurrection aux injustes exi-
(1) Mém.de FieilUvillt, 1, 120-134.
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gences de la royauté. Ainsi firent les campagnes du Poitou, de la Sainlonge, de l'Aunis, des îles d'Oleron et de Ré. Les villes font cause commune avec elles, et déjà (oute la contrée était au pouvoir des révoltés, lorsque Jarnac, gouverneur de la Rochelle, demanda des troupes que l'on s'empressa de déchaîner sur le plat pays, où elles accoururent épuiser tous les raffinements de leur science de mal faire. Incapables de vivre au milieu d'un pays ruiné et dépouillé de tout, les cités aux abois demandent grâce, et François Ier arrive à la Rochelle en maître irrité, heureux toutefois du rôle de clémence que son intérêt lui conseille de jouer. Il pardonne à tous, et commue les peines capitales qui eussent frappé les chefs, en peines pécuniaires qui achevèrent de réduire à la dernière misère ces malheureuses provinces. (Arcère, Histoire de la Rochelle, I, 310-320.)
François ltr fit faire à la monarchie un pas immense dans la voie de l'absolutisme, en introduisant l'usage d'ordonner les impôts « de pleine puissance et autorité royale, sans alléguer autre cause ni raison que celle de tel est notre bon plaisir (1). » Lorsque les troupes étaient en route, le conseil du roi envoyait l'ordre aux magistrats locaux de lever sur les villages où elles passaient, les grains, vins, fourrages et autres fournitures à leur usage, avec celte formule : « Les dites munitions seront remboursées quand l'occasion se présentera. » L'occasion ne se présentait jamais, et comme, par surcroît, les soldats emportaient au départie linge, les ustensiles qui leur avaient servi, et tout ce qui était de nature à être enlevé, on ajouta au principal de la taille, le taillon, chargé de pourvoir à l'entretien des troupes lors de leurs mouvements. Le paysan paya, et continua d'être pillé exactement comme auparavant (2).
Il y avait dans un coin du comtat Venaissin, dans la sei-
(!) Sully, OEcon. royales, édilion de 1725, VIII, 455. (2) Bailly, Hui. financière de la France, I, 239-241.
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gneurie de Cabrières, quelques familles de paysans, débris épars d'une secte oubliée, restes obscurs des Vaudois du xme siècle. Après avoir cherché contre les persécutions un refuge dans les montagnes qui séparent le Dauphiné du Piémont, ils avaient payé l'hospitalité des seigneurs en rendant à la production les terres les plus misérables du royaume : il semblait que la stérilité reculai devant eux. Seulement, ils adoraient Dieu à leur manière, n'obéissaient point au clergé, et refusaient de pourvoir, par l'acquittement des dîmes , à l'entretien de prêtres qui n'étaient point les leurs. Déjà la cour de Rome avait sollicité Louis XII de faire cesser ce scandale :1e Père du peuple, après information, avait répondu : «; Laissez-les en paix, ils sont meilleurs chrétiens que nous ! » Puis il avait cassé les procédures des évêques et des seigneurs contre eux, et ordonné aux uns et aux autres de restituer leurs biens, déjà confisqués. L'archevêque d'Embrun s'était attribué la part du lion : il répondit qu'il restituerait dès que les seigneurs lui en auraient donné l'exemple. Une bulle du pape n'eut pas plus de succès, et nul ne rendit rien de ce qu'il avait enlevé à ces malheureux (1). Lorsque François Ier fut atteint de ce mal
Qui n'épargnait ni couronne ni crosse (3),
et qui mit au tombeau plus d'un roi de France, il sentit la Nécessité de se réconcilier avec le ciel, qui, seul, pouvait lui donner la guérison, et il résolut à cet effet d'exterminer les derniers Vaudois.
Il eut la bonne fortune de rencontrer un homme qui fit à merveille l'office de la hache entre les mains du bourreau.
Jean Meynier, baron d'Oppède, premier président du parlement d'Aix et lieutenant militaire de la province, aimait la comtesse du Cantal, qu'avaient enrichie les travaux des Vau-
(1) Claude Blondeau, Biblioih. canonique, I, 689-692.
(2) Jean Lemaire, poëte du xvi* siécie.
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dois. Il lui demanda sa main, mais la comtesse le savait homme injuste et sanguinaire, et tremblant de donner un pareil maître à ses tenanciers, elle refusa d'accueillir ses hommages. Brûlant de se venger en consommant sa ruine, il accuse les Vaudois de vouloir imiter la Suisse républicaine, se fait donner la mission de poursuivre l'exécution de l'arrêt rendu contre eux, en 1540, par le parlement d'Aix(l), et par ses soins, le 18 avril 1545, vingt-deux villages sont brûlés, saccagés et rasés, et les bois sont abattus à deux cents pas à l'entour, afin que les exilés fussent sans retraite dans des lieux rendus inhabilables. Les cris des vieillards, des femmes, des enfants, qui s'appellent dans leur fuite à travers la montagne, ne font qu'atlirer sur leurs traces une soldatesque aussi impitoyable que ses chefs. La reddition volontaire ne préservait ni les hommes du supplice, ni les femmes des excès d'une brutalité qui fait rougir la nature. Plus de quatre mille paysans furent massacrés dans cette sauvage expédition, où l'on alla jusqu'à défendre, sous peine de la vie, de leur accorder asile
(1) L'arrêt avait été rendu sans que les accusés fussent cités ni entendus. Cette circonstance décida le président Cliasseneui à tenter d'arrêter l'exécution de l'arrêt, bien que signé par lui. On lui représenta que lui-même, à Autun, alors que quelques villages de l'Auxois demandaient que le juge ecclésiastique excommuniât les rats qui désolaient la campagne, il avait pris leur défense, alléguant que le délai pour comparoir était insuffisant., et que d'ailleurs, avertis sans doute par la malveillance, tous les chats des villages voisins tenaient la campagne pour les croquer. Touché par ce souvenir, et trouvant juste d'accorder à des hommes ce qu'on n'avait pas refusé à des rats, il travailla à faire obtenir aux habitants de Cabrières et de Mérindol un ajournement.
Bouhier, il est vrai, trouve ce conte ridicule. Selon lui, — et c'est bien différent, — Chasseneux fût intervenu pour des mouches qui désolaient les vignes, et encore sans prendre leur défense.
Quoi qu'il en soit des motifs qui le déterminèrent, il s'opposa de toutes ses forces à l'exécution de l'arrêt, bien que les ecclésiastiques de la province et les archevêques d'Aix et d'Arles offrissent de faire les frais nécessaires à cet effet. Il fut empoisonné par ceux qui avaient intérêt à ce que l'arrêt fût exécuté. — Bouhier, Cota, de Bourgogne, I, p. ix.