‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 204 sur 225 · A86 LA GABELLE · texte numérisé non relu

A86 LA GABELLE

netiers et contre rolours do la gabelle » de lui imposer. Ces officiers faisaient do fréquentes descentes* dans les villages, appelaient les habitants, et s'ils estimaient qu'ils avaient dû consommer plus qu'ils n'avaient pris au grenier, ils considéraient cette économie, souvent forcée par l'impuissance de faire autrement, comme une contrebande, et ils les condamnaient à une amende arbitraire, moitié au profit du prince, moitié au leur : « de telle sorte qu'en deux ou trois ans, les dits officiers et leurs commis devenaient riches de trois ou quatre mille livres des biens du pauvre peuple. » Bientôt, décidant des besoins de chacun, ils trouvèrent plus simple et plus facile de contraindre les familles à prendre une certaine quantité de sel par tète d'individu de tout âge et de tout sexe, quantité fixée à neuf livres pesant par an. C'était un impôt mis sur de nombreuses familles, c'est-à-dire sur la misère.

Grâce à ces iniquités, la gabelle devint surtout odieuse comme source el prétexte do vexations et de mauvais traitements de la part des officiers qu'elle faisait vivre. « Les marchands, fermiers, grenetiers, contrôleurs, greffiers et archers de la gabelle, dit le tiers aux états provinciaux d'Anjou, en 1560, vont dans les maisons dos pauvres gens, remuent leurs lars et tout ce peu de meubles que Dieu leur a donnés, et le plus souvent s'en emparent; font ajourner les pauvres à comparoir par devant eux au village où il n'y a aucun conseil, se montrent au peuple en grande furie et crainte, armés de pistoles, pistolets et longs bois ; font aux rustiques procès extraordinaires, les arrêtent prisonniers, exécutent de leurs bœufs, chevaux et charrettes; tellement qu'en une seule matinée, par leur action, ils ruinent quarante ou cinquante pauvres rustiques qu'ils envoient à l'aumône; et se trouve en ce pays d'Anjou qu'ils en ont ruiné plus de mille.

» Le malheur est que plusieurs archers de gabelle, sous l'ombre dleelle et puissance de porter armes défendues, volent, frappent et tuent, comme a été vérifié en plusieurs

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