‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 206 sur 225 · LES LANSQUENETS · texte numérisé non relu

LES LANSQUENETS

frontières de la Champagne, et Sanssac, « en contreschange,» saccage la campagne aux alentours d'Arras, et livre à la flamme quatre cents bourgs et villages, « tant que l'air était tout obscurci de la fumée qui montait en haut. » Le roi en faisait autant de son côté dans le Cambrésis et l'Artois, et le comte de Rœux, au nom de l'empereur, incendiait la Picardie, ruinait les paysans, et enlevait jusqu'à leurs lits, afin de faire reposer plus doucement ses hommes autour des villes qu'ils assiégeaient (1).

Henri II avait appelé à son aide des lansquenets allemands, mercenaires plus pillards encore que les soldats français, qui résistaient par la force à la justice et aux prévôts de la maréchaussée, et les forçaient à renoncer à leurs « chicanesques entreprises. » D'autres fois, lorsqu'ils étaient livrés aux prévôts, ceux-ci disaient qu'ils les faisaient noyer sans bruit, sous prétexte qu'ils ne méritaient même pas la corde qui les eût pendus, et les laissaient racheter leur liberté avec leur vie; « et tout aussitôt ils retournaient à lavolerie. » (Vieilleville, II, 334; III...)

On voulut, à l'issue de la paix de Cateau-Cambrésis, délivrer le royaume de ces mercenaires, et le duc de Nevers fut chargé de les reconduire jusqu'en Allemagne. Après de vains efforts pour les maintenir sous le joug de la discipline, il fit un détour pour les faire passer sur ses domaines qui n'étaient pas sur leur route, ce qui leur fournit l'occasion de se venger de sa sévérité en commettant toutes sortes d'atrocités. « Au moins, disait le duc, voilà du mal que j'ai épargné à mes voisins. » Le trait serait fort beau, en effet, si le noble duc eût souffert seul de ces ravages qui retombaient tout d'abord sur ses tenanciers, et si, en les détournant de leur droit chemin, il ne leur eût pas fourni les moyens de consommer un plus grand nombre de crimes.

(1) Bouchet. Annale* d'Aquitaine, 653 ; — Mêlerai, VIII, 50-71 (passim ; — Mèm. de l'ieillevUle, III, 10.

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