LA TAILLE EN PROVENCE
contenu intrà cancellos obedientiœ, et qu'il se rende en tout patient, remerciant Dieu quand il se voit taillé et chargé de subsides, sans s'enquérir pourquoi il le permet ; car c'est Dieu qui permet les tailles et les impositions. »
Certes, à pareil remercîment, c'est le cas, ou jamais, de répondre : « Il n'y a pas de quoi ! »
Le discours de Riant nous donne des renseignements précieux sur de nouvelles servitudes, dont quelques-unes étaient propres aux habitants des bords de l'Océan, de la Méditerranée et du midi de la France, et dont d'autres, sans doute plus générales, devaient affliger toutes les provinces. Les villages étaient sans cesse pillés par les pirates, et il fallait faire constamment le guet sur les côtes. Il fallait encore un autre système de garde presque continuelle, à cause des passages fréquents des troupes de l'empereur et des Génevois allant d'Italie en Espagne, et séjournant le long des côtes. Les rois de France faisaient d'interminables guerres en Italie et en Piémont, et les troupes passaient par la Provence, a dont le pauvre populaire est contraint de fournir vivres et faire étapes, qui est une charge presque ordinaire. » On devait de plus fournir à l'entretien des forteresses, etc. Chaque feu, en somme, payait un fouage de ôO écus. Bien que les tailles dussent être réelles, les gens de noblesse, d'église et de justice s'étaient affranchis de toute charge, encore bien qu'ils tinssent des hiens roturiers et contribuables. Après avoir acquis les meilieurs domaines, ils les tenaient eux-mêmes, sans les donner à ferme, de sorte que le nombre des terres et des personnes sujettes à l'impôt était très diminué, et fort surchargé par suite. Aussi voyait-on bien des lieux abandonnés et déserts. Depuis longtemps les consuls d'Olières étaient prisonniers pour n'avoir pu faire rentrer la taille, par l'excellente raison que le seigneur du lieu avait acquis tout le terrier, et refusait de la payer.
En présence d'abus nombreux, force fut bien de transiger
RAVAGES EN LORRAINE. A0i
sur quelques points, et un arrêt intervint le 6 mars 1549, qui, respectant toutes les anciennes franchises de la Provence, ordonna que tous payeraient pour toutes terres acquises depuis 1471, époque à laquelle cette province avait été réunie à la France.
En 1552, le second héros de la maison de Lorraine, François de Guise, fils du bourreau de Saverne, défendait Metz, qu'assiégeait l'empereur. Après avoir approvisionné largement la ville par réquisitions forcées sur la campagne, et contraint les habitants des bourgs voisins d'apporter toutes sortes de provisions à la ville, il ordonna que tous ceux qui ne pourraient le faire à temps, sortissent tout hors de chez eux et y missent eux-mêmes le feu, de crainte que l'ennemi ne s'en prévalût (1). Dans l'espace de quatre jours, chacun dut amener à la ville son bétail et ses grains, sous peine de voir, passé ce délai, les soldats aller tout piller chez lui. Puis, il fit sortir de la ville toutes les bouches inutiles, qui durent être bien empêchées de vivre, puisqu'il avait donné ordre de détruire tous les moulins à trois lieues à la ronde, et de faire, par la flamme et par l'incendie, le dégât sur tout le plat pays. (D. Calmet, V, 692.)
Voilà comment ce grand général se préparait à défendre la ville : voici maintenant comment l'armée soutenait le siège.
Les officiers, logés à discrétion chez les bourgeois, chassaient leurs hôtes sur les remparts à coups de bâton, de jour et de nuit, et pendant ce temps déshonoraient par force leurs femmes et leurs filles, assassinant au besoin, soit les femmes trop cruelles, soit les maris ou les pères mal endurants.
(1) C'était encore ainsi que l'on faisait la guerre au xvi» siècle, et le chancelier disait, aux états généraux de 1560 : «Il y a beaucoup de choses qui sont en apparence dures et aigres, et qui sont néanmoins salutaires, comme quand nous mettons le feu aux granges et aux blés de nos sujets pour couper les vivres à l'ennemi... Par ce moyen, les meilleures et saines médecines sont les plus araéres. »
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