À02 RAVAGES EN LORRAINE
Ce ne sont là que « gaillardises entre gens de guerre, » et le gouverneur lui-même, M. de Gonnor, donnait l'exemple et vivait publiquement avec une belle jeune fille de la ville, dont ta honte avait tué le père, et dont la mère, plus malheureuse peut-être, vivait dans le désespoir. Lorsqu'il eut été remplacé par M. de Vieilleville, qui s'est fait l'historien de toutes ces infamies auxquelles il mit un terme, celui-ci ordonna que chaque capitaine rendit la liberté à « la poule qu'il cachait en mue, » et il fit lui-même des perquisitions dans toutes les maisons qui lui furent signalées. Aussitôt chacun d'ouvrir en grande hâte la porte à « la bête à vingt ongles » qu'il détenait cachée chez lui, « si bien que l'on ne voyait que filles et femmes par les rues, qui se retiraient à la course chez leurs pères et maris... Il y eut même vingt et deux religieuses de bonne part et d'ancienne noblesse du pays de Lorraine et d'ailleurs, que les grands de l'armée avaient enlevées, durant le siège, des abbayes de Saint-Pierre, Sainte-Glossine, des Pucelles, Sœurs Colettes et de Sainte-Claire, qui se sauvèrent quant et quant par cette émeute et se virent rendre, contre toute espérance, en leurs monastères et couvents. » (Vieilleville, II, 133-1AA.)
L'armée se couvrit de gloire au siège de Metz, commandée qu'elle était par tous les héros d'alors, Guise, Condé, Enghien, les deux fils de Montmorency, et cette défense est, en effet , l'un des plus glorieux faits d'armes qu'aient à enregistrer nos annales. Seulement, qu'est-ce que cette gloire achetée au prix de tant de ruines, de sang, de larmes et de déshonneurs, qu'est-ce que ces héros qui, s'ils récoltent la gloire, sèment aussi la honte autour d'eux?...