OMNI A SI NT REGIS
pas dépouiller. Cette doctrine fut aussi celle des barbares, et, bien et dûment dépossédée deux fois, la race conquise n'avait rien à revendiquer sous le soleil. La terre appartenait au chef, au roi seul, qui en faisait des concessions temporaires, puis viagères aux seigneurs, à la charge seulement de porter les armes pour lui. Dans le principe ç avait été dans l'intérêt du peuple, et pour lui donner des défenseurs, que les rois avaient placé sur leurs domaines les barons, les comtes et les vidâmes. Mais le remède se Gt poison, la féodalité grandit sur les ruines de la monarchie s'aflaissant sous elle-même pendant les règnes des faibles successeurs de Charlemagne ; ils se firent seigneurs indépendants, puis héréditaires, et les mêmes moyens qui leur avaient conquis la terre leur conquirent les hommes (1).
Mais une révolution contraire arrive, la féodalité succombe à son tour, la monarchie reprend le dessus, et les rois, au jour où la royauté était une vérité, n'hésitaient point à se déclarer maîtres et propriétaires de toute l'étendue du royaume, et en toute occasion, ils agissaient en conséquence (2). Omnia sunt régis /... Telles sont les premières paroles du discours de Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, aux états généraux de Tours, sous Louis XI. En 1641, dans une assemblée de prélats convoquée par Richelieu, qui voulait qu'ils contribuassent aux charges publiques, l'évêque d'Autun s'écria un jour : « Doutez-vous que tous les biens de l'Eglise ne soient au roi, et que, laissant aux ecclésiastiques de quoi pourvoir à leur nourriture et entretènement , Sa Majesté ne puisse prendre tout le surplus? » Cette doctrine n'était point con-
(t) « Chacun voulait être indépendant, et pour parvenir à cette fortune, on employait une violence excessive envers les plus faibles, pour en tirer des soumissions et de l'argent... Je ne parle point de l'excessive barbarie qu'on exerçait sur les habitants de la campagne, qui fut (elle que plus de la moitié des terres fut abandonnée, et l'on craignit avec raison la ruine et la destruction de la nation entière, après celle des premières lois. » — Boulainvilliers, Dissertation sur la noblesse de France.
{2) Saint-Simon, Mémoires, XVI, 110, 111, 113.