PESTE ET FAMINE
la bataille de Montcontour, et, sous la conduite de Coligny, les dirigent sur le Midi, o Nous allons plumer les oies du Forez, » disaient les soldats (1). Rejoints bientôt par Montgomery, ricbe du butin de la Gascogne et du Béarn, les bandits se cantonnent aux environs de Toulouse, et y promènent le fer et la flamme. Alors, poussé à bout, cpmmc en 1358, Jacques Bonhomme se réveille un moment et veutfajre tête à l'ennemi, puisant dans son désespoir la force de protester contre d'intolérables persécutions dont il semble que le tableau doive se dérouler sans fin dans l'histoire. D'abord, les paysans se livrèrent à une guerre de partisans; le fanatisme et la vengeance firent d'eux des soldats, et ils répondirent au pillage et à la violence, par la violence et par le pillage. Mais c'était la destinée inévitable dp toutes ces^ luttes partielles et inégales d'être étouffées dans leur sang. A Yrancy, en Bourgogne, après s'être battus comme des lions contre les reîtres du prince de Condé, ceux-ci eurent le dessus et comblèrent les puits du village avec les corps des habitants qu'ils exterminèrent jusqu'au dernier, hommes, femmes et enfants (D. PIancher,.IV, 570).
L'armée avait jonché le sol de la patrie de tant de cadavres sans sépulture, que cette fatale semence ne pouvait manquer d'en faire germer une moisson plus riche encore. Dieu, en effet, c visita son peuple, » comme dit dom Roger avec une naïveté ravissante, et l'affligea du fléau de la peste qui, jointe à la famine, promena pendant deux années la faux de la mort dans les rangs déjà éclaircis de la population agricole. On rencontrait par les campagnes des enfants cjui su-
(1) « Par le moyen dessus dit, rapporte un chroniqueur de Saint-Étfenne, le roi de Navarre, le prince de Condé et |e sieur de Montgomery entrèrent dans la ville de Saint-Ètîenne, avec plus de neuf à dix mille m s très, sans les compagnies françaises. Toute cotte armée demeura en la ville et és environs environ dix-sept jours, et firent Taire dégâts h leurs chevaux, non-seulement aut prairies, mais encore «ux blés, qui étaient en herbe. Ils lurent beaucoup de personnes... »
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çaient encore la mamelle épuisée de leurs mères mortes de faim (D. Roger, 427, 437), et Ton put croire que Ton touchait à ces temps prédits par Nostradamus, <r où les enfants montreront à leurs mères, par merveilles, quand ils verront un homme, tant peu y en aura, s'étant tous entre-tués. » (Montluc, III, 312.)
Puis vint la journée néfaste de la Saint-Barthélemy, honte éternelle de la royauté, de la politique et de la religion, et, grâce au moment de stupeur qui succéda à cette grande immolation, les campagnes se remirent au travail. L'agriculture, reprise en 1572, ne fut plus guère abandonnée que momentanément : « Si elle fut interrompue pendant les troubles de la Ligue, elle reparut bientôt après. On ne fut pas trois ans de suite sans cultiver. » (D. Carlier, II, 620.)