‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 215 sur 225 · LA FAMINE. LA PESTE · texte numérisé non relu

LA FAMINE. LA PESTE

les soldats les ont poursuivies, et, du pont, elles les voient qui déjà montent à l'abordage. Elles seront massacrées, elles le savent, mais pour les femmes, dans cette guerre de cannibales, la mort n'arrivait jamais qu'après le viol, destiné à relever le goût de l'assassinat. Alors elles se prennent toutes par la main, s'agenouillent un instant, et, au moment où les bandits mettent le pied sur le pont, s'élancent chercher dans le sein des flots un asile contre la honte. Les convulsions de la mort avaient resserré les anneaux de cette chaîne de vierges-martyres, et le lendemain le flux de la mer apporta sur la rive les cadavres des quarante saintes suicidées.

Le fléau de la guerre en engendra trois autres, qui ne cessèrent pas avec elle, et prolongèrent leurs ravages jusqu'en 1602. Je veux parler de la famine, de la peste et des bêtes farouches.

Chassés de leurs maisons dévastées ou, incendiées, se cachant dans les forêts, dans les haies, dans les genêts ou les bruyères, les paysans se nourrissaient d'herbes sauvages, qu'ils ne pouvaient même pas faire cuire, parce que la fumée trahissait le secret de leur retraite et attirait les soldats. Aux environs des villes et des lieux fortifiés, s'ils parvenaient à se procurer quelques mesures de seigle, ils s'assemblaient t la nuit, comme des hiboux, » au nombre de trois ou quatre, s'attelaient à la charrue, et dans le silence et l'ombre, comme des malfaiteurs, semaient ce peu de grain, dans l'espérance que la paix viendrait arrêter la fureur de leurs bourreaux. Vain espoir ! ils accouraient, ces braves, faire manger ce blé en herbe à leurs chevaux, et le détruisaient à plaisir avant la récolte. Sans asile, en haillons, sans nourriture, la faim, le froid, les maladies enlevaient les paysans par milliers, et les fossés et les chemins ne présentaient que l'affreux spectacle de cadavres à moitié dévorés par les loups, ou de moribonds qui ne pouvaient plus leur disputer un vain reste de vie.

Quand parut cette effroyable fléau des loups, ils commen-

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