‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 218 sur 225 · A LES CROQUANTS · texte numérisé non relu

A LES CROQUANTS

la Marche, le Périgord, le Quercy, l'Agenois, les paysans se soulevèrent par milliers, non plus pour la messe ou pour le prêche, pour le roi ou pour la Ligue, mais pour avoir le droit de vivre et d'être hommes. Aux croquants! Aux croquants! criaient-ils en courant sus aux percepteurs , aux gens de guerre, aux nobles, à tous ceux enfin qui croquaient et dévoraient le pauvre peuple ; seulement, pour laisser à la lutte son caractère de protestation contre une oppression intolérable, ils consignèrent le but qu'ils poursuivaient dans une proclamation qu'ils adressaient à tous les officiers commandants des chatellenies sur leur passage :

« Messieurs nous vous tenons au nombre des gens de bien ; c'est pourquoi, incontinent la présente reçue, nous vous prions vous armer, joindre et opposer avec nous contre les pernicieux desseins des ennemis du roy, notre sire, et les nôtres, mesmement aux griffes des inventeurs de subsides, voleurs, leurs receveurs et commis, faulteurs et adhérens... A ces causes, ne ferez faute de vous armer et tenir prêts. Autrement vous nous aurez sur les bras trois jours après la réception des présentes, pour y être contraints par la rigueur des armes, comme faulteurs des dits voleurs et inventeurs de subsides.

» Fait en ce second jour de juin 1594. Vos frères et amis, les gens armés du tiers état des pays du Quercy. Agenois, Périgord, Saintonge, haute et basse Marche, etc. »

Les nobles, de leur côté, publièrent une proclamation dans

pillage de la noblesse et des cruelles vexations des receveurs des tailles. » — Mézeray,IX,451.

« Les campagnards, ruinés par les guerres des deux derniers régnes, étaienl journellement en butte aux vexations et à la rapacité des soldats de l'un et de l'autre parti, qui se portaient envers eux aux excès les plus coupables. Ces malheureux, pondis par le désespoir, se levèrent en masse, et, courant aux armes, déclarèrent la guerre aux garnisons des villes et des châteaux. » — Hassiou, Hui. de Saintonge et d*Aums.

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