LE FRANC- ALLEU DISPARAIT AU X* SIÈCLE
au xix«, l'économie politique le traite d'usurpateur et l'assimile à un voleur !
Quoiqu'il en soit, les rois, seigneurs et propriétaires absolus, n'avaient concédé que viagèrement aux barons, qui n'avaient pu et voulu concéder qu'au même tilre les terres aux serfs qui les cultivaient. Et encore les choses étaient-elles bien loin de se passer avec cette simplicité. D'ordinaire, le seigneur justicier dominant donnait en tief à un de ses vassaux l'avouerie du lieu, dont un arrière-vassal ou un monastère avait la propriété. La mission officielle de l'avoué, qui parfois sous-avouait à un homme à lui, — était de protéger les tenanciers, moyennant certains droits et redevances qu'ils lui payaient; sa fonction habituelle était de les dépouiller autant que l'eussent pu faire les ennemis contre lesquels il était censé les protéger (1). Puis,
(t) « Moi Thibaud, par la grâce de Dieu, comte palatin, je notiûe qu'Hil-
duin de Matriolis tenait de moi en lief, et dans la terre de Saint-Germain, nommée Vaux-Saint-Germain, et dans la justice adjacente, cent muids de vin. Mais parce que cette terre avait été presque entièrement dévastée, tant par les guerres que par les oppressions diverses d'Hilduin et de ses prédécesseurs, et n'avait plus qu'un petit nombre d'habitants; que les vignes qui étaient cultivées ne pouvaient plus fournir la quantité de vin à laquelle il avait droit, et que cependant il ne voulait rien en diminuer et en exigeait la totalité du petit nombre des habitants qui restaient, en sorte que ceux-ci se préparaient à abandonner leurs possessions. Mais l'abbé Hugo et les moines de Saint-Germain, éprouvant un grave préjudice de la ruine de leurs propriétés, vinrent trouver Uilduin, le priant de se désister d'une exaction si grande et si excessive, et de ne pas exiger des habitants de leurs terres une quantité de vin plus grande que celle que percevait son père, en sorte que les cultivateurs pussent revenir et labourer leurs terres et leurs vignes avec plus de courage ; qu'il en résulterait ainsi, pour eux et pour Hilduin, un avantage plus grand. Hilduin, considérant que de la fuite il était déjà résulté pour lui un préjudice considérable, avait accédé aux prières des demandeurs ; mais parce qu'il tenait de moi en fief l'avouerie de ladite terre, Hilduin et les moines se présentèrent devant moi a Calestre, me suppliant de consentir miséricordieusemenl à cette remise, ce que j'ai accueilli. C'est pourquoi, en ma présence, de mon aveu et du consentement d'Hilduin, il a été convenu qu'à l'avenir il n'exigerait pas des habitants dudit lieu une plus grande quantité de vin que celle qui avait été perçue par son père... » — Guérard, Polyptique d'irmiuon, II, 3«0.