‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 24 sur 225 · LE FRANC-ALLEU DISPARAIT AU X* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE FRANC-ALLEU DISPARAIT AU X* SIÈCLE

comme la terre a des limites, malheureusement, et que l'appétit de tous ces vautours n'en avait pas, lorsqu'elle fut épuisée et qu'elle eut été accaparée toute, on créa des «fiefs en l'air, » qui, n'ayant pas de base, pas d'appui sur le sol, reposaient sur des rentes et des redevances incorporelles (1).

II ne reste donc plus rien au serf, écrasé sous cette série de copropriétaires à des degrés différents. Il a, de lui-môme, tout aussi peu de droit sur ce sol qu'il féconde que le bœuf, son compagnon de travail et de misère; il lui est interdit de prendre « bête au buisson, poisson dans l'eau, oiseau dans l'air. • Et c'est avec raison que le préambule de la déclaration du h août 1704 porte que les gens de mainmorte ont été censés, dans tous les temps, incapables de posséder aucune sorte d'immeubles, et qu'ils sont assujettis au paiement de l'amortissement pour être relevés de cette incapacité.

A côté de la propriété féodale, ou bénéficiaire, car c'est tout un, il y avait bien la propriété allodiale, qui se tenait «sans faire nulle redevance à nullui, » et qui a ne relevait que du soleil. » Mais outre qu'elle était exceptionnelle et avait besoin de faire ses preuves pour exister (2), et qu'elle ne se rencontrait guère qu'entre les mains de quelques seigneurs ou de quelques moutiers, elle avait, moitié par nécessité, moitié par violence, entièrement disparu depuis le milieu du x« siècle (3).

(1) Doyen, 419 ; — Brussel, Usage des fiefs, 801.

(2) «Nul n'est fondé en franc alleu, s'il n'en fait apparoir. »

(3) « Les faits historiques, les lois, tout atteste que, du vne au x« siècle, les propriétaires de petits alleux furent peu à peu dépouillés ou réduits à la condition de tributaires par les envahissements des grands propriétaires. » — Guizot, Diction», de la conversation, art. Ai.leix.

«Déjà difficile à conserver à la fin de la première race, l'alleu ne fut plus tenante au milieu des violences delà seconde.» Guérard, Potypt. d'Irminon, I, Î06.

Voici comment l'auteur de V Histoire des classes agricoles amnistie celte odieuse spoliation : « Pendant l'époque féodale, les propriétaires d'alleux furent sans cesse sollicités de les changer en fiefs, pour cntrei- ainsi dans l'association hiérarchique qui liait entre eux les détenteurs du soi, par des droits et des devoirs réciproques. » — Darestc de la Chavanne, 127.

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