‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 25 sur 225 · LA FORCE RÈGNE ET GOUVERNE · texte numérisé non relu

LA FORCE RÈGNE ET GOUVERNE

Hommes et domaines, personnes et choses, tout avait été usurpé, tout était asservi.

A partir de cette époque, les habitants de la campagne ne possédèrent rien , et attendirent, pour songer à la propriété, qu'ils fussent un peu plus tranquilles et que, par les affranchissements généraux, ils eussent été préalablement remis en possession d'eux-mêmes. Jusque-là , c'est-à-dire jusqu'au xiv* siècle, vivant sur un pays sans cesse ravagé, ils faisaient peu de cas d'un bien dont tout le fruit pouvait leur être enlevé dans un instant. Ils conservaient le plus possible de bois autour de leurs habitations pour pouvoir s'y sauver et s'y retrancher lors des incursions. Ils y élevaient môme des forts où chacun se rendait et où Ton déposait ce qu'on pouvait déposer de plus précieux. Mais il arriva souvent qu'un bandit audacieux s'empara du fort, et, tournant contre les manants les fortifications qu'ils avaient élevées pour se protéger, de son autorité privée, se constitua noble et seigneur. L'Eglise, de son côté, venait bâtir une chapelle au pied du donjon, et détachait un pieux chapelain pour veiller sur ses ouailles égarées au milieu des forêts, — et aussi pour lever la dlme sur des terrés qui y avaient échappé jusqu'alors (1).

A qui d'ailleurs, au milieu de cette anarchie générale, lé serf s'adresserait-il pour obtenir justice, pour réclamer, avec sa franchise et sa liberté perdue, sa part dans la création de Dieu?« Il n'y a, prononce Pierre de Fontaines, entre soi, seigneur, et son vilain, autre juge fors Dieu* » — « Cet homme fest à moi, dit le noble sire, j'ai le droit de le bouillir et de lé rôtir (2). » Le sire, en effet, est à la fois la loi, le juge et le bourreau. Aussi toute cette hiérarchie de maîtres qui, du roi descendait jusqu'au dernier chevalier, se distinguait-elle pal* le nombre des crocs à pendre. Le gibet est le premier blason

(1) Cham pionnière, De la propriété de» eaux courante», 584. — Doyen, 13. (a) J. Grimtti, Antiquité* du droit allemand, cité par Bouthors, Cout. 1er. d'Amiens, I, 470.

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