LA FRANCE HÉRISSÉE DE FORTERESSES
qui reposaient sur des cachots, sa porte inabordable, ses larges fossés, son pont-levis et ses mâchecoulis.
Le droit de forteresse était resté purement royal sous la dynastie mérovingienne. Celles qui existaient alors Savaient été élevées qu'à litre de concession, et Dagobert Pr, en présence des brigandages inouïs des grands, défendit expressément d'en construire qui ne fussent à quatre lieues des villes. C'était, comme toujours, sacrifier les campagnes aux cités, et rejeter le pillage sur les chaumières. Grâce à la faiblesse de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve, la royauté perdit, dès le commencement de la seconde race, tout le terrain qu'elle avait gagné entre les mains du puissant empereur, et, sous prétexte de s'opposer aux invasions des Normands, les nobles bâtirent partout impunément, et hérissèrent le royaume de châteaux et de donjons. En vain, Charles le Chauve, irrité des crimes de la noblesse, voulut-il exiger la démolition de ses forteresses, a devenues comme des retraites de voleurs qui répandaient la désolation dans tout le voisinage (1) » ; en vain enjoignit-il à ses comtes de marcher contre ceux qui hésiteraient à lui obéir et à renverser leurs castels. La royauté ne savait plus faire plier ses vassaux devant sa volonté, l'ordonnance resta sans nul effet, et sous Hugues Capet la France était couverte de donjons aux tours crénelées, source incessante de violences et de vexations. Fulbert, évêque de Chartres, adressa féquemment au roi Robert, pour le supplier de mettre un terme à tant de misères, de pathétiques descriptions des crimes affreux qui se commettaient derrière leurs murailles redoutables (2). Les efforts de Robert furent vains, mais ceux de Louis le Gros eurent plus d'efficacité, grâce au concours des communautés populaires auxquelles il dut la victoire. Les hauts barons l'imitèrent, et défendirent
(1) Capitulaire de 864, Baluie, II, 195; — Article Ier de l'addilien ftileà l'édit des Pietés.
(S) Particulièrement dans les lellres 3, 4, 70, 10S. i