‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 29 sur 225 · LES GENTILSHOMMES DE HAUT LIEU. H · texte numérisé non relu

LES GENTILSHOMMES DE HAUT LIEU. H

à leurs vassaux d'élever des donjons sans leur permission. L'abus restait grand encore, malgré tous ces efforts réunis, et Matthieu Paris n'évalue pas à moins de quatre mille trois cent cinquante-deux le nombre des châteaux forts qui, de son temps, couvraient la France. Un de ses contemporains, Guillaume de Newbrigde, complète sa pensée, et s'écrie : « Autant de châtelains, autant de tyrans (1) ! »

Les châteaux que l'on permettait de bâtir devaient être tjurables et rendables à petite ou à grande force, — per parvam et macjnam vira, » — Perparvam vim, le châtelain, sur le simple vu des lettres du suzerain, devait consigner le donjon au porteur des lettres. Per magnam vim, en cas de refus de sa part, les sujets devaient s'armer et marcher contre leur seigneur direct, sinon le suzerain était en droit de sévir contre eux et de s'emparer de leurs biens; chose que ne manquait pas de faire leur maître pour châtier leur prétendue défection, s'ils étaient les plus faibles, leur situation inévitable étant d'être toujours entre l'enclume et le marteau.

Plus tard, quand la justice et l'humanité commencèrent à faire entendre leur voix, et quand la royauté ne compta plus de rivaux parmi les vassaux de la couronne, les seigneurs intermédiaires s'adressèrent directement au roi, qui refusait rarement, à la condition que son autorisation serait ratifiée par le suzerain, seigneur direct, qui de son côté s'empressait d'accorder son consentement, flatté de sauver les apparences et de conserver au moins cette marque de supériorité. Tel voyons-nous ce droit de forteresse sous Charles VIII. Donc, aux flancs de la colline s'étageaient les masures de ces pauvres serfs qui venaient s'abriter à l'ombre du donjon, croyant avoir payé le secours de la lance de leurs maîtres au prix d'un complet asservissement. « Jamais, au contraire, population ne vécut plus complètement dépourvue de paix et

(t) Tôt tyranni quoi domini castellorum.

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