‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 36 sur 225 · PREMIÈRES GUERRES RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES GUERRES RELIGIEUSES

yeux de lu papauté. Le saint-père voulait bien continuer de se parer encore du titre de serf des serfs (1), et de serviteur des serviteurs de ses frères, mais à la condition de fouler sous sa mule superbe les trônes et les couronnes, et de faire affluer entre ses mains avides tout l'or de la chrétienté.

Les provinces du midi étaient toutes acquises à l'hérésie des Albigeois, qui dominait dans tout le territoire de Toulouse, Béziers, Albi, Poix, Carcassonne, et de la Gascogne. Les hérésiarques, au dire de Puy-Laurens et de Pierre de Vaux- Cernai, étaient en si grande révérence, qu'ils n'étaient astreints ni à guet, ni à garde, ni à taille. Ils étaient donc relativement heureux, honnêtes, riches et libres, lorsque le terrible Innocent III, souleva contre eux toutes les forces de Philippe-Auguste. Les canonistes, de leur côté, appuyés sur une fausse interprétation de quelques passages de saint Augustin rapportés par Gratien, établirent pour maxime que les hérétiques n'ont droit de rien posséder, ne peuvent acquérir ni transmettre.

Pendant que le farouche Simon de Montfort, comte de Leicester, qui, après avoir été un Hercule, un Gédéon et un Machabée, n'est plus pour la postérité qu'un monstre souillé de crimes et gorgé de sang; pendant que Montfort, disonsnous, ordonnait de payer dans tout le pays les prémices et les dîmes, plus un cens annuel de trois deniers par feu pour l'Église de Rome qui lui apportait la ruine ; pendant qu'il exigeait des excommuniés qui ne se feraient pas absoudre dans les quarante jours, une amende de cent sous si le coupable était un chevalier, de cinquante si c'était un bourgeois, et de vingt si c'était un vilain, le pape faisait lever dans les provinces de Besançon , Bordeaux et Vienne, des subsides pour l'entretien des troupes rassemblées contre les hérétiques (1210).

Ce fut, durant trente-cinq années, une fureur d'extermi-

(1) Dictionnaire de Trévoux, urt. Sbif.

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