RICHESSES DES ÉGLISES. W
remua ciel et terre, et députa des émissaires à Rome, chargés de demander de nouveau la mise en interdit des États du duc. Mais l'arme de l'excommunication commençait à s'user, et cette fois la cour de Rome attendit et laissa l'affaire en suspens. Nous verrons aux siècles suivants ce qui advint de ces étranges querelles.
Dans l'Ancien Testament, Dieu, après avoir absolument interdit à son peuple d'usurper la propriété du sol, pour ne lui en accorder que l'usufruit (1), dont l'usage était lui-même entouré de charitables et fraternelles restrictions, avait donné la dîme à la tribu des prêtres, parce qu'ils n'avaient point eu leur lot dans le partage de la terre. Dans la loi nouvelle, qui semble interdire encore plus sévèrement toute propriété individuelle, on eût pu prétendre que la dîme entretiendrait le prêtre, chargé de semer la parole de Dieu sans nulle préoccupation des vains soucis ni des trésors de la terre (2). Mais au moyen âge, les conditions étaient bien changées, et le clergé détenait entre ses mains la meilleure partie des domaines de la France. Suivant Roulainvilliers , « dans le vne siècle, il
absorbait presque toutes les richesses Le seul évêché de
Troyes, le plus petit de toute la Champagne, valait beaucoup mieux que le duché entier. » La richesse de certains* mou tiers atteignait à des chiffres inimaginables. Sous les rois mérovingiens, le monastère de Saint-Martin d'Autun possédait cent mille menses : celui de Saint-Ricquier possédait, outre la ville de Saint-Ricquier, treize autres villes, trois cents villages, un nombre infini de métairies; les offrandes faites au tombeau du saint s'élevaient seules, par an, à un chiffre qui ne montait pas à moins de deux millions de notre monnaie (3).
(1) « La terre ne sera point vendue absolument, car elle est mienne, et vous êtes étrangers et forains chez moi. » — Liviiique, xxv, 93; irf., xix, 9, 10; — . Deutéronome, XV, 4, 18, 13, 14 ; irf., XX VI, 12, 13
(a) Saint Luc, xii ; — Saint Paul (passim).
(3) Chateaubriand, Êiud. hùt.
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