‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 45 sur 225 · RICHESSES DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

RICHESSES DES ÉGLISES

La terre était de peu de prix, grâce à l'impossibilité où Ton était de la cultiver en paix, à la misère des paysans, à la dépopulation des campagnes. Les moines songèrent à la conquérir, et mille moyens les conduisirent à ce résultat. A l'exception de quelques saints hommes (1), astres égarés au milieu de cette nuit sombre des temps féodaux, on était bien loin de ces jours glorieux de l'Eglise, alors que dans leur sainte horreur de la propriété, et se faisant scrupule de posséder des biens en propre, ils ne prenaient que des terres abandonnées pour s'aider à vivre (2). Us eurent la terre par usurpation, — ou par prescription, si l'on veut, — et souvent la simple possession d'un an et un jour suffit pour leur en assurer la propriété (3). Us l'eurent par l'héritage, l'homme ou la femme, en entrant au couvent ou en prenant le voile, faisant une cession absolue de ses biens au monastère, et continuant à hériter de ses proches, tandis que le monastère seul héritait de lui (4). Ils l'eurent en prévision de la fin du monde qui approchait (adventante vespere ?nundi), chacun s'empressant de se décharger sur eux du fardeau de ces biens si préjudiciables au salut, assurés et garantis par les moines d'obtenir dans le ciel autant d'ares qu'ils en concédaient sur la terre. Us l'eurent par l'aumône, qui éteint le péché comme l'eau éteint le feu (5) : elle servit à racheter

(1) ((Anselme eut horreur de ce mot de propriété. » — De Rémusat, Saint Anselme de Cantorbéry, 67. — Voy. pour la défense faite aux moines de posséder : Concile de Lalrau, cliap. n. De statu monachorum; — concile de Trente, sect. xxv, De reyularibus et monialibus, cap. u. — De Lorameau, sur Cout. d'Jnjou, 64. — Valin, sur Coût, de la Rochelle

(i) Richard Simon, Traité des bénéfices, II, 61.

(3) « Ut in omnibus rébus antiquis consuetudines Beneonis vel Rochelle eis tenere liceat, id est ea quœ in parochia quam habitant per annum et diem, vel in alia parochia per diern et septennium, sine calumpnia tenuerint de inceps libère et quietc possideant. »— Charte de Richard d'Angleterre, de 1189 ou 1190, aux moines de la Grâce-Dieu. — Arcèrc, Hist. de la Rochelle, I, 50.

(4) Richard Simon, I, 41 ; II, 64, 65.

(5) «Sieut aqua extinguit ignis, ita eleemosina extinguit peccatum. »

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