‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 51 sur 225 · LA PAPAUTÉ EN FRANCE · texte numérisé non relu

LA PAPAUTÉ EN FRANCE

la dépense qu'ils étaient contraints de faire et dont on leur devait l'indemnité, ils levaient d'énormes taxes dont profitait la cour de Rome (1). Une autre fois c'était pour soutenir une guerre qu'il déchaînait sur la France le fléau de ses collecteurs, qui, l'excommunication à la bouche, ruinaient le peuple sans mesure ni discrétion (2).

En le pape Innocent IV, contraint de quitter l'Italie,

à la suite de ses différends avec l'Allemagne, demanda asile au pieux Louis IX. Mais le roi, qui savait par expérience ce que coûterait à ses sujets une pareille hospitalité, répondit « qu'avec plaisir il le ferait, si c'était l'avis du conseil de ses grands, qu'aucun roi de France ne pouvait négliger. » Le pape demanda alors à se retirer dans la ville de Reims, mais les barons refusèrent nettement d'accepter un voisinage aussi ruineux. Après avoir subi un refus non moins humiliant de la cour d'Aragon, il sollicita l'assistance de l'Angleterre, qui fut détournée de le recevoir, par « de sages hommes qui lui représentèrent que c'était déjà trop que d'être infectés des usures et simonies des Romains, sans que le pape vint luimême piller les biens de l'Église et du royaume (3). »

Ces biens immenses dont les ecclésiastiques ne devaient être que simples dépositaires pour en distribuer les revenus aux pauvres, aux hôpitaux, aux besoigneux de tout genre et de tout sexe, ils se les attribuèrent à eux seuls, ils s'en firent les seigneurs temporels, et vécurent dessus en seigneurs temporels. On vit ce même clergé qui, alors que l'Église était pauvre et que grondaient encore dans le lointain les dernières

(1) « Lorsqu'il venait des légats du pape dans le pays, l'archevêque de Trêves prévenait les vexations intéressées qui se commettaient sur les églises, sous prétexte des dépenses qu'ils étaient obligés de faire.» — Dom Calmet, Uist. de Lorraine» II, 576.

(2) D'Argentré, Hist. de Bretagne, liv. V, chap. xxi.

(3) Fleury, Histoire ecclésiastique, liv. LXXXIII, chap. XVII.

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