‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 52 sur 225 · EXACTIONS PAPALES · texte numérisé non relu

EXACTIONS PAPALES

menaces delà persécution, avait fait resplendir sur le monde le génie et la vertu de ses glorieux chefs, lui donner l'affligeant spectacle d'une décadence prématurée, d'une ignorance honteuse et d'une immense démoralisation. Se recrutant pour l'ordinaire dans la classe depuis longtemps avilie des serfs, dont ils rouaient les enfants de coups sans leur rien enseigner (1), il avait perdu le droit de faire subir aux postulants des exaniens bien sévères. Distinguer le masculin du féminin dans la grammaire et sur les fonts baptismaux, cela suffisait (2). Celui qui en eût su plus long n'eût point échappé à l'accusation de sorcellerie et d'hérésie (3), et l'on comprend quelle devait être la grossière ignorance du clergé au xuie siècle, lorsque Ton voit en 1535 un chapitre, qui depuis se distingua par ses lumières, se contenter, à l'admission de ses membres, qu'ils sussent bien lire et passablement chanter (4).

« Dieu, quand il eut créé le monde, y plaça trois espèces d'hommes, les nobles, les ecclésiastiques et les vilains, dit on vieux fabliau traduit par Legrand d'Aussy. Il donna les terres aux premiers, les décimes et aumônes aux seconds, et condamna les derniers à travailler toute leur vie pour les uns et pour les autres. Les lots ainsi l'ai I s, il se trouva encore néanmoins deux espèces de gens qui n'étaient pas pourvus, les ménétriers et les filles. Ils vinrent présenter leur requête à Dieu, et le prièrent de leur assigner de quoi vivre. Dieu alors donna les ménétriers à nourrir aux nobles, et les (illes aux

1) « Un abbé très pieux disait à saint Anselme, en parlant des enfants élevés au couvent : — Ils sont pervers et incorrigibles; cependant nous ne cessons de les battre nuit el jour, et ils deviennent tous les jours pires. — Et, demanda Anselme, quand ils sont adultes, que deviennent-ils? — Hébétés et brutes, répondit l'abbé. » — De Rémusat, àuint Anselme de Cantorbéry, 64.

(2) Hennebert, Hist. de l'Artois, H, 179.

(3) Mémoires de l'sfcad. des inscripl., XX, 821.

(4) « Perfeete légère et mediocriler canlare. »— Perreciol, /Je l'histoire des personnes et des terres, II, 499.

EXTRÊME DÉMORALISATION DU CLERGÉ. ' iÔÔ

prêtres. Les premiers seront damnés pour n'avoir nul soin de ceux qui leur ont été confiés, mais les prêtres ont obéi à Dieu, et font bien entretenir les filles. »

Les troubadours et les ménestrels, ces oiseaux voyageurs qui parcouraient le monde, charmant par leurs chansons les ennuis et la monotonie de l'existence inoccupée des chevaliers et des châtelaines, des écuyers, des pages et des varlets, se plaignaient à tort de l'avarice des seigneurs, dont au contraire la faiblesse pour eux était un nouveau sujet de ruine pour leurs sujets ; et s'il faut en croire l'historien anglais William de Malmesbury, Mathilde, épouse de Henri II, avait pour ces joyeux amis de la gaie science une passion si folle, qu'elle dépensait tous ses revenus en largesses dont ils profitaient, et qu'elle pressurait même ses tenanciers, afin de se procurer l'argent qu'elle leur prodiguait.

Quant aux dernières lignes, dans lesquelles l'auteur rend justice à la libéralité du clergé, on doit penser que l'éloge, — ou la critique, — était mérité, puisque de tout temps les moeurs du clergé et des moutiers furent un sujet d'inépuisables moqueries, dans les chansons populaires et dans les contes que la tradition nous a conservés. La démoralisation était en effet le moindre des vices des ecclésiastiques, qui, s'il faut en croire un autre vieux fabliau, prisaient plus que de raison « les femmes blanches »t le vin rouge, » vivaient publiquement avec des concubines, les évêques comme les simples clercs (1), et tiraient vanité du grand nombre de leurs enfants (2). Le nom seul de prêtre était devenu une injure (3j,

(1) « Une femme, nommée Jacoba Fernola, s'était retirée ermite auprès de Brioude. Le doyen du chapitre déclara par acte formel qu'il prenait cette ermite pour femme, et vécut avec elle. » — Chabrol, sur Coui. d'Auvergne, UI, 124.

(2) Orderic Vital. — Dulaure, Uni. de Paris. — Labbei concilia, \X, concil. Remède.

(3) « §icut dicitur : Mallem esse Judajtis, sic dicebatur : Mallçm esse ci^iellanju wwn hpç vel illud facere. Chtfiq qupque, si prodir^t in publicum,

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