‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 53 sur 225 · EXTRÊME DÉMORALISATION DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

EXTRÊME DÉMORALISATION DU CLERGÉ

et lorsqu'ils se montraient en public, les membres du clergé cachaient la tonsure qui les eût décèles.

Les uns, comme l'archevêque de Narbonne, couraient les champs des semaines entières, chassant, ou faisant pis encore, avec leurs chanoines et leurs archidiacres, et entretenaient des bandes de routiers qui rançonnaient le pays à leur profit ; d'autres rivalisaient de férocité avec les seigneurs séculiers, comme cet évêque de Cambrai qui, guerroyant contre Girard de Saint-Aubert, dit Maufilàtre, fit arracher les yeux à tous les serfs des terres de son ennemi (1).

Si à l'égard des tiers la situation des hommes de l'Eglise était préférable à celle des autres serfs, leur esclavage était entier et absolu à l'égard de leurs seigneurs directs, et toujours, dans les donations qu'ils recevaient, les ecclésiastiques réclamaient les droits de justice haute et basse (2), qui leur livraient les hommes pieds et poings liés, et leur donnaient tout le reste.

Les temps étaient passés où cette justice canonique se montrait si charitable, où évêques, abbés et simples curés, assis au pied de l'orme planté à la porte de l'église (3), pro-

coronas médias prœter frontem pilis occipilis occultabant. »— Guil. de Podio Laur., in prologo ap. Script, /*>., XIX, 19i.

(1) Recueil des historiens de France, XI, 290.

(2) Charte de Guillaume TalvaS III, comte d'Alençon, pour la fondation de l'abbaye de Perseigne (1145) : « Do grangiam de Altanosia et terras de Ragonia

usque ad forestam mcam sicut dividuntur per fossala Illa omnia singula

do monachis eum omni jure juridictionis et eum omni justifia alla et bassa... Item do et roncedo eis venalionem de omnia grossa animalia et par va... »

Charte du prieuré de Saint-Éloi de Paris, en 1280: «Habebit omnimodam justitinm altam et bassam, videliret sanguinem, furtum, bomicidium, raptum, murtrum, incisum, espave, aubeine, hasbannum »

(3) De là le proverbe : « Attendez-moi sous l'orme. » Le moyen âge attachait à cet arbre des idées religieuses toutes particulières. A la fin du xr siècle, Hugues III, évdque de Nevers, traitait publiquement, assis sous son orme, les affaires du chapitre. « In ulmo sua consedit, » dit une charte (Parmentier, JJist. des évêques de Nevers). On suivait le même usage a Auxerre, et les assemblées capitulaires se tenaient en été sous l'orme planté devant la cathédrale

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