LE CLERGÉ HÉRITIER A OUTRANCE
le champion, défenseur du premier corps de l'État, était couvert de toutes les armes du chevalier. Si quelques contestations s'élevaient entre un paysan et un chapitre au sujet de la propriété d'un clos de vigne ou d'un champ de blé, les religieux réclamaient le duel judiciaire (1), contraignant ainsi Dieu de se faire le complice de cet odieux assassinat.
« Qu'importent les armes? — disaient-ils au pauvre hère qui hasardait une observation sur l'inégalité de la lutte. — Qu'importe la lance et qu'importe le bâton, puisque c'est Dieu qui dirige les coups ? Quelle était, je vous prie, l'armure de David, lorsque Jehovah abattit à ses pieds le terrible géant Goliath? »
Non contents de réduire le droit à une simple question de pugilat, et de faire de la justice un jeu de hasard qu'ils jouaient avec des dés pipés, ils allèrent jusqu'à se faire les exécuteurs de la justice de Dieu, qu'ils interprétaient à leur profit (2). Toute mort subite devint l'exécution d'une sentence capitale dans laquelle Dieu était à la fois juge et bourreau, et comme la condamnation à mort entraînait la confiscation , naturellement l'héritage allait à Dieu, c'est-à-dire à l'Eglise.
Ce principe une fois admis, ils en étendirent l'application aux suicides (3), et à tous les cas où Fort mourait sans confession, « sans langue, desconfès, » ou sans avoir fait de testament. L'innovation parut si ingénieuse que les seigneurs laïques l'adoptèrent à l'envi (A), s'emparèrent des biens des
(1) Graves, Annales de l'Oise, 49.
(2) « Les ecclésiastiques d'Occident, qui regardèrent les morts subites comme des châtiments de Dieu, à l'imitation des Églises d'Orient, se firent un droit sur les biens des intestats, ou décédés sans langue, au préjudice de leurs héritiers.» — De Laurière.
(3) Bouhier, sur Cout. de Bourgogne, I, 147.
(4) 1292 : «Quand aucun muert en la ville de Montferranl sans confession, luit li biens meubles dicelul sont au seigneur de Montferrant. » — Perrectot, II, Ti.
« Cet abus s'enracina si fort avec le temps, que l'escboite des biens de ceux