LA REINE BLANCHE
regardaient point comme liés par les ordonnances de leurs suzerains. Aussi l'édifice de saint Louis s'écroula- t-il rapidement sous le règne de son successeur (1).
Il y aurait injustice à ne pas associer à la gloire du pieux monarque sa mère , la reine Blanche de Castille. Il est peu d'hommes de génie qui n'aient été élevés par une femme supérieure, et je ne sais si Ton ne pourrait pas dire qu'intellectuellement aussi bien que physiquement, l'enfant doit bien plus à sa mère qu'à son père. D'un héroïsme peu commun, malgré sa piété d'ange, et, en dépit de la loi salique, reine de fait, de par la supériorité de son intelligence, sous le nom de son époux Louis VIII , puis régente pendant la minorité et la croisade de son Gis, et pesant d'un grand poids dans ses conseils tant qu'elle fut auprès de lui, Blanche prépara et facilita l'œuvre glorieuse pour laquelle la postérité bénit le nom de saint Louis. Déjà elle avait affranchi, « moyennant d'autres droits, » toutes les femmes serves des domaines royaux, « pour la pitié qu'elle avait de plusieurs belles filles à marier que on laissait à prendre pour leur servitude, et en étaient plusieurs gâtées. » Mais l'heure n'était pas venue encore, la royauté ne devait entrer qu'au siècle suivant dans la voie libérale des affranchissements généraux, ouverte prématurément par le génie d'une femme vraiment chrétienne, et il en fut de cette ordonnance de la reine régente comme de tant d'autres : on n'en tint pas compte, et elle demeura sans effet. (Sauvai, II, 453.)
Vers le milieu du xih* siècle, en 1253, il plut au chapitre de Notre-Dame de Paris de mettre une nouvelle contribution sur les villages dont il était seigneur. Les serfs de Chatenay ayant refusé de payer, le chapitre, pour les mettre à la raison, fit arrêter tous les hommes, qui furent Iraînés à Paris et jetés
(1) Montesquieu, Esprit des lois, Ht. XXVIII, chap. xxix el xxxyii.