‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 59 sur 225 · LA REINE BLANCHE · texte numérisé non relu

LA REINE BLANCHE

dans uno prison étroite où ils manquaient de tout, même d'air pour respirer.

La nouvelle de cette cruauté inique étant arrivée aux oreilles de la reine Blanche, elle envoya prier les religieux de faire instruire sans retard la cause, et, en attendant, de les faire relâcher sous caution, s'engageait à la payer ellemême. Jaloux de leurs privilèges, les chanoines répondirent qu'il n'était donné à personne d'intervenir dans leurs affaires, et qu'ils avaient droit de vie et de mort sur leurs hommes. Puis, pour braver la reine, ils firent arrêter toutes les femmes et tous les enfants, qu'ils entassèrent avec leurs époux et leurs pères.

Privés de tout, de nourriture suffisante, de mouvement, d'air, de lumière, infectés de miasmes impurs, ils périssaient, lorsque la reine accourt à la tête de quelques serviteurs, se fait conduire devant la porte de la prison, et le cœur brisé des cris désespérés des femmes et des enfants, et des hurlements de rage des hommes et des vieillards, elle ordonne que l'on défonce les portes.

Mais ceux de sa suite hésitent effrayés. Nui n'ose affronter les colères de l'Église, nul n'ose porter atteinte à ses privilèges.

La reine alors arrache une hallebarde des mains d'un des hommes de sa suite, et frappe le premier coup sur cette porte maudite. Le prestige est détruit, chacun se met à l'œuvre, et la porte vole en éclats.

On vit alors un spectacle affreux, même pour cetle époque où des scènes analogues étaient fréquentes. Par cette porte béante s'élance, comme chassée par un ressort, toute cette masse humaine comprimée, toute cette population mourante de faim, hâve, souillée, brisée, qui entourait celle femme, cette reine descendue dans son enfer comme l'ange de la rédemption, et qui s'attachait à elle, craignant que l'apparition inespérée ne s'évanouit comme un rêve, la laissant

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