‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 60 sur 225 · LE CLERGÉ MET L'ÉVANGILE EN OUBLI · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ MET L'ÉVANGILE EN OUBLI

exposée aux fureurs et aux vengeances de ces chanoines sans pitié.

N'est-ce pas une chose étrange de voir les ministres indignes d'une religion sublime, toute d'amour et de charité, tomber, lorsqu'ils ont perdu le sens de l'Evangile, plus bas que les seigneurs laïques eux-mêmes? En 1125, à l'instigation des ducs de Bretagne, la noblesse de ses états renonce au jugement des morts, droit bizarre qui lui donnait les biens de celui des deux époux qui mourait le premier. Le clergé le fait revivre et s'en empare. Les nobles vendent aux serfs leur affranchissement pour satisfaire aux dépenses des croisades ; l'Eglise achète la plupart de ces prétendus affranchis, qui retombent sous une servitude quelquefois moins dure peutêtre, mais aussi qui leur offre moins de chances d'un nouvel et sérieux affranchissement, puisqu'ils appartiennent désormais, non plus à un individu qui peut mourir ou se ruiner, mais à une corporation éternelle et opulente.

Et nous observerons ce fait jusqu'à la fln, nous verrons, au xvui* siècle, des abbayes posséder les derniers serfs (1) ; nous verrons, au sujet de la nuit immortelle du h août, un historien de l'ordre du clergé, qui écrit pour l'instruction des jeunes générations, insulter au dévouement tardif, mais spontané de la noblesse (2) ; nous verrons le clergé, par la bouche éloquente de l'abbé Maury, défendre pied à pied ses vieux privilèges et tous ses vieux abus qui avaient pesé si longtemps sur les classes inférieures. Semblables à ces fleuves majestueux, source de richesse et de fécondité, qui peuvent faire aussi les plus terribles inondations et les plus effrayants

(1) Le chapitre de Saint-Claude possédait encore des serfs en 1789.

(3) « L'assemblée, après un repas splendide, tint la séance nocturne si connue sous le nom de séance du 4 aoust; là, sans discussion, sans délibération, uniquement inspirée par les vapeurs du vin, elle décréta une foule d'injustices contre les seigneurs, contre les propriétaires de droits féodaux, contre les provinces privilégiées. » — Le P. Loriquet, BitU de France à l'usage de la jeunesse.

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