‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 61 sur 225 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le comte Jean de Ponthieu. — Les croisades. — Les riches bourgeois achètent les fiefs des nobles ruinés, et passent dans les rangs de la noblesse; les riches paysans achètent la bourgeoisie et se réfugient dans les villes. — Croisade des pastoureaui. — Premiers affranchissements particuliers. — Misère affreuse des affranchis. — Commencement du paupérisme. — Les ordres mendiants.

« L'injuste avilissement du cultivateur des campagnes n'a en poar cause primitive que la loi du plus fort. » PBHBECIOT. Préfaça, XI.

Il arrivait parfois que, poussés par le remords de quelque grand crime, ou abattus par quelqu'un de ces malheurs qui alors n'épargnaient ni l'âge, ni le rang, ni le sexe, les barons affranchissaient quelques-uns de leurs hommes, ou allégeaient la pesanteur de leurs liens. C'est ce qui arriva dans le Ponthieu, à la suite d'un fait que je vais rapporter, parce qu'en voyant quelle était, à cette époque satanique, la justice domestique des seigneurs entre eux, on comprendra mieux ce qu'elle devait être quand ils décidaient du sort de leurs serfs ou de leurs vilains.

Le comte Jean de Ponthieu avait marié sa fille au noble Thomas de Saint- Valéry, seigneur de Domart. Un jour les deux époux revenaient de chez leur père; ils avaient devancé leur suite et traversaient une forêt, lorsqu'ils furent assaillis par huit hommes armés et masqués. Le valeureux sire de Domart, après en avoir exterminé trois et désarmé un quatrjème, eût peut-être mis les autres en fuite, si son destrier

Page 1