SAINT FRANÇOIS D ASSISE
sur le monde uu mal terrible que n'avaient point connu les sociétés anciennes, basées sur l'esclavage : le paupérisme.
Aussi voyez grandir, parallèlement aux affrancbissemenls des serfs, une institution bizarre, dont le succès prodigieux ne s'explique que par la misère universelle, immense, qui pesait sur l'humanité tout entière.
Il y avait alors en Italie un homme qui poussait plus loin que ne le firent jamais les disciples élus par le Christ luimême, le sentiment divin de la charité évangélique et de la fraternité des premiers jours de la religion sainte. Il priait ses sœurs les hirondelles et ses sœurs les cigales de faire silence pour ne point l'interrompre lorsqu'il prêchait la parole de Dieu ; il appelait le loup son frère, et lui faisait promettre de ne plus dévorer ses frères les hommes. Un jour, conduit par son père devant l'évêque d'Assise, il poussa le dépouillement des choses de ce monde jusqu'à ôter tous ses vêtements, et même sa chemise, afin de pouvoir dire qu'il ne devait plus rien qu'au père commun qui est dans le ciel. Aujourd'hui cet homme serait un fou ; au xme siècle, il fut saint François d'Assise.
Reprenant dans toute leur pureté les théories exagérées de l'Évangile contre toute appropriation individuelle, il interdit aux moines de l'ordre qu'il fonda toute espèce de propriété, même commune. Fuyant le travail, qui engendre la propriété, ils mendiaient ce pain de chaque jour qui suffit à soutenir cette chose éphémère et méprisable que l'on appelle la vie humaine.
Cependant les temps étaient bien loin de la vie commune et de la pauvreté absolue : aussi le pape Innocent III hésitaitil à approuver la règle de Saint-François, toute révélée et dictée par le Saint-Esprit qu'elle était (1): car s'il répétait en plein xin* siècle ce qu'avait dit Jésus-Christ sur ies dangers
(I) Voyex la Fie des saints.