LES ORDRES MENDIANTS
en mangeant leur pain, la règle de leur ordre, puisqu'ils renonçaient par leurs vœux à toute espèce de propriété. Justement indignés d'une telle accusation, qui mettait visiblement leur àme en péril, les cordeliers se défendaient de leur mieux, et soutenaient énergiquement n'avoir que Yusage de leur pain. Il fallut l'épée d'Alexandre pour tràhcher celte inextricable difficulté. Le pape, avec les Guelfes, fut contre les cordeliers et pour la propriété $ l'empereur, avec les Gibelins, fut pour les franciscains et contre la propriété. Ce ne fut pas trop de cent années de guerre pour vider, sans l'éclaircir, cette affaire importante» et Philippe de Valois, alors comte du Mans, franchit les Alpes pour défendre l'Eglise menacée par les cordeliers soutenus par les Visconti.
Quoi qu'il en soit de ces pieuses folies, on comprénd combien un pareil ordre répondait à point nommé aux besoins de l'époque; on comprend l'accroissement rapide que devaient obtenir les ordres mendiants au milieu de ces populations affamées. Il suffit à l'affranchi de jeter sur ses épaules meurtries le manteau grossier du cordelier, pour que la main qui brandissait la lance s'abaissât devant sa main qui se relevait pour bénir. La terre fuyait sous ses pas, le travail manquait à son énergie, ou bien ses fruits lui en étaient ravis par la violence, et il eût reçu souvent des coups au lieu d'aumônes. Il se fit moine mendiant, èt ses tyrans eux-mêmes s'empressèrent de remplir l'humble besace qui rapportait chaque soir au monastère son unique revenu.
Ce fut donc, de la part de Louis IX, un nouveau bienfait d'avoir ouvert en France les premiers couvents de l'ordre de Saint-François, et le peuple, en y entrant en foule, y trouva un asile au sein duquel il put attendre que les affranchissements, devenus plus nombreux, permissent à la classe agricole d'imposer quelque respect par le nombre de ses membres libres, trop disséminés au xm* siècle.