PHILIPPE LE BEL ET BONI FACE VIII
plàisanterie que le pape lui retournait en disant que Philippe n'était Bel que de nom. S'agissait-il encore de quelque adultère royal, et la religion et la morale penchaient-elles vers leur ruine? Non ; la cause de cette grande querelle, d'un ordre moins élevé, était celle-ci : le pape et le roi se disputaient les deniers du peuple, et les exactions de l'un empêchaient celles de l'autre de pouvoir être aussi fructueuses.
Philippe usait et abusait si largement du droit de régale dans les diocèses des domaines royaux, que le nouvel évêque trouvait le palais épiscopal démeublé, le trésor à sec, et les censitaires de l'Église tondus à ne pouvoir l'être de longtemps.
Le pape, de son côté, après avoir institué le jubilé, qui fit affluer à Rome les pèlerins et l'argent de la chrétienté, voulut lever encore la dîme sur les peuples de France, et forcer le roi à lui reconnaître le droit d'imposer sur le royaume une taxe d'un centième sur tous les revenus, ou toute autre à sa volonté.
Menacés dans leur temporel, les évêques élevèrent tout d'abord leurs cris vers leur maître temporel, vers celui qui avait l'intérêt le plus immédiat à les maintenir riches, et qui, en même temps qu'il pouvait les défendre le plus efficacement, pouvait aussi les dépouiller avec plus de facilité. Philippe, naturellement, se fit payer la protection qu'il accordait aux évêques, ne voulant pas se brouiller pour rien avec la cour de Rome. Il faisait la guerre en Flandre, il leur demanda de lui accorder des décimes. C'était la première fois que la royauté adressait au clergé une pareille demande. Le pape, alors, par la bulle Clericis laiquos^ défendit à tous les ecclésiastiques de fournir de l'argent à aucun prince, à quelque titre que ce fût, prêt, don, subside ou autre, et lança à tout hasard l'excommunication contre tous ceux qui, fussent-ils même rois, en demanderaient ou recevraient. Certains désormais de voir ruiner leurs tenanciers, les évêques se demandèrent s'il leur serait moins préjudiciable de l'être par le pape ou par le roi...