ILS NK SERVENT QU*A PRESSURER LE PEUPLE
fut très onéreuse L'heureux succès de ce coup d'essai se
tourna depuis en coutume. »
Mézerai ne se montre pas plus enthousiaste que Pasquier de ces assemblées d'états : « Il ne manquait plus que de l'argent au roi, écrit-il au règne de Henri II; il assembla pour cela les étals à Paris, le 6 janvier 1558. Depuis le roi Jean, ils n'ont guère servi qu'à augmenter les subsides. »
La postérité n'a donc pas plus à remercier Philippe le Bel de l'institution des états généraux, que Louis le Gros de l'établissement des communes. Ils furent entre les mains de la royauté une admirable machine à lever les impôts, et le moyen qu'elle employa avec le plus de succès pour épuiser les campagnes.
On a prétendu que les assemblées des états généraux étaient la représentation complète du royaume, et que les députés du tiers représentaient les intérêts des campagnes aussi bien que ceux des villes. C'est une erreur évidente, et l'on est surpris de voir le savant et judicieux auteur de Y Essai sur l'histoire du tiers état, se faire l'avocat d'une cause aussi insoutenable (1).
Philippe le Bel a besoin de subsides considérables, et tout naturellement il s'adresse à ceux qui ont la richesse, c'est-àdire aux bourgeois des villes (2). Autrefois ils étaient taillables à volonté, mais c'est précisément pour cesser de l'être qu'ils se sont révoltés, et déjà au xive siècle c'est une vérité passée à l'état d'axiome, qu'on ne lève point de tailles dans les villes de communes (3). Quant aux hommes du plat pays, ils sont encore tous serfs, ou à peu près : on prendra sur eux tout ce que Ton pourra sans avoir à s'inquiéter de
(1) Aug. Thierry, Essai sur thist. du tiers état, préface, p. 11.
(2) « Ce ne fut que sous Philippe le Bel, qui eut besoin d'argent qu'il chercha dans la bourse de ce peuple affranchi et enrichi, que ce troisième ordre commença à pointer. » — Saint-Simon, XXII, 61.
(3) Aug. Thierry, Lettres sur l'hist. de France, p. 361.
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leur consentement. Le roi demande la taille à ses vassaux, et nous verrons par quels moyens implacables ceux-ci savent l'arracher au paysan. Aussi les ordonnances de convocation ne parlent- elles jamais que des députés des bonnes villes, elles exigent qu'ils soient gens de bonnes mœurs, expérimentés aux affaires, notables et au moins bourgeois, et qu'ils possèdent quelques biens fonds. « Le roi sait, messieurs, dit l'organe du pouvoir souverain aux états de 1A83, que vous qui êtes ici présents, êtes les principaux du conseil des villes et cités qui vous ont envoyés vers lui (1). » Ces députés sont en effet l'aristocratie de la classe affranchie, les « grands bourgeois, » les « bourgeois sages et discrets, » les « francs bourgeois, » les légistes et les membres de l'ordre judiciaire, qui forment une caste à part, aussi séparée de la masse du peuple que du clergé et delà noblesse (2); ce sont même fort souvent les officiers du roi (3). Et bien que le tiers état, dans les assemblées, parlât au nom du peuple et s'appuyât sur lui pour se donner force et autorité, il lui rendait avec usure la morgue et les dédains que lui prodiguaient le clergé et les gentilshommes.
Pour se soustraire aux demandes de la rovauté , les villes s'empressèrent de réclamer des privilèges, et les bourgeois enrichis, ou acquéreurs de fiefs, eurent grande hâte d'entrer dans les rangs de l'ordre supérieur. Les rois vendirent aux villes les privilèges qu'elles demandaient, aux bourgeois la noblesse qu'ils convoitaient; si bien que comme c'était, en dernière analyse, sur la terre, sur le peuple des campagnes que le fardeau de la taille pesait presque exclusivement, la bourgeoisie avait le rôle facile à faire largesse au roi des deniers des pauvres ahaniers. Elle ne contri-1
(1) Des états généraux et assemblées nationales de France, VII, 379; VIII, 38, 133< ••••
(2) Lebas, Univers pittoresque, Franck, Annales, H, iG5.
(3) Gnizot, Hist. de la civil, en France, xviie leçon,