LES ÉTATS PROVINCIAUX
était vivement senti, c'est qu'en 1789 plusieurs cahiers de bailliages proposaient d'établir, sous le nom $ ordre des campagnes, un ordre différent de celui du tiers état (1). C'était la mise en pratique de la proposition avancée trois années antérieurement par Perreciot, la réalisation de la tentative avortée des Auvergnats de 1576.
Aux états provinciaux les choses se passaient plus cavalièrement encore. La cour envoyait dans une province quelque haut et puissant seigneur, souvent même un « prince des fleurs de lys, » bien accompagné de troupes, et qui exposait à l'assemblée les volontés du roi. Les ordres privilégiés s'inclinaient et approuvaient. Quant aux quelques députés des villes admis à tenir tête à toute la noblesse du pays, convoquée de droit, si l'un d'eux osait balbutier timidement une humble remontrance, il se rencontrait toujours quelque gentilhomme qui, la main sur la rapière, leur jetait pour réponse cette insolente apostrophe : « N'avez-vous pas les hôpitaux et les maisons de force (2) ! »
« Les états ne doivent pas être longs, écrivait madame de Sévigné à sa ûlle en 1671 ; il n'y a qu'à demander ce que veut le roi ; on ne dit pas un mot : voilà qui est fait! »
Qu'ajouterions-nous à ce compte rendu, sublime dans sa
(1) Championniére, De la propriété des eaux courantes, 708. — Bûchez et Roux, Histoire parlementaire, II, 176.
Je pourrais multiplier les citations :
« La Suède est le seul royaume où les paysans, c'est-à-dire les trois quarts d'une nation, et cette partie précieuse qui nourrit et dérend la patrie, soient comptés pour quelque chose ; ils font le quatrième ordre du royaume, et l'on ne décide pas du bien public sans les avoir consultés. » — Correspondance de Grimm et de Diderot, II, 89 (1756).
« Les députés des villes furent admis dans les assemblées des états, où ils représentèrent le corps des habitants de chaque ville; et c'est ce qui s'appelle proprement le tiers état. » — D'Aguesseau, OEtwres, I, 331.
(2) Je lis ceci à la page 8 d'une adresse au peuple breton des villes et des campagnes, de la part de leurs députés à l'assemblée nationale (1789) :
F Les états de la province n'étaient, pour ainsi dire, composés que de U