RÉSISTANCE DE LA FÉODALITÉ
de les peser sous peine de devenir serf de corps et de tomber en la main du roi ; et grâce à toutes ces incessantes extor* sions, on peut dire qu'il réduisit, en fait, ses sujets à la condition de serfs taillables à merci.
En 1314, il convoqua le ban et l'arrière-ban, et par une ordonnance aux commissaires royaux, il prescrivit « que Ton lèverait, de cent feux, six sergents, et pour chacun sergent,
trente sols pour le tout Que quant aux nobles qui étaient
semons d'aller en l'ost, et généralement femmes, veuves, ou qui n'avaient puissance ou richesse, ou qui étaient malades, ou pour causes ne pouvaient aller en l'ost bonnement, Ton prendrait finance d'eux selon la discrétion des commissaires. Que quant aux clercs qui tenaient fiefs, dont ils devaient service d'ost, Ton ferait en la manière que dessus est dit des nobles. »
Il était difficile de prévoir où le roi s'arrêterait, si la mort ne l'e^t arrêté lui-même. Mais les seigneurs, qui n'étaient pas dans les secrets de la Providence, craignant d'être ruinés par contre-coup, et qu'il ne leur restât plus rien à prendre sur leurs hommes, se liguèrent par toute la France contre leur suzerain, de même qu'au siècle précédent ils s'étaient ligués contre le clergé. Seulement, — et ceci est un fait caractéristique, — pour donner à cette coalition un caractère de bien public et d'intérêt général, ils admirent dans leurs rangs les hommes de leurs possessions, les communiers (1). On commençait donc à compter avec le peuple : le roi lui accordait sa place aux états généraux, et la noblesse consacrait cette nouveauté en s'appuyant sur lui à son tour.
C'était la guerre civile que la noblesse organisait. Comme
(1) « A tous ceux qui verront et ouiront ces présentes lettres, les nobles et les communiers de Champagne, pour nous, pour le pays de Vendômois, a> Beauvais, de Ponlhieu, de la Fère, de Corbie, et pour tous les nobles et communs de Bourgogne, et pour tous nos alliés et adjoints étant dedans les points du royaume de France, salut. Sachent tous <jue, comme 1res excellent et très
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d'habitude, les pauvres gens du plat pays en eussent supporté tous les coups, si la Providence, prenant les campagnes en pitié, n'eût enlevé le « très excellent et très cher sire Philippe » à l'amour de ses sujets révoltés.
Son peuple l'appela Philippe le faux monnayeur ; les juifs eussent pu l'appeler Philippe le voleur, et les templiers Philippe le bourreau. L'histoire le désigne sous le nom de Philippe le Bel.