RÉACTION FÉODALE
qui marchait invariablement sur ses traces. En vain Philippe le Bel avait ordonné, par son testament, de suspendre la poursuite des tailles indues, de faire des restitutions et de réparer les torts qui avaient été commis ; Louis X ne restitua pas, ne fit pas cesser les levées de deniers, et pressura son peuple autant que l'avait fait son père : la seule différence est qu'il le fit le plus souvent par d'autres moyens et dans un autre but.
L'histoire de notre pays a vu trois fois, « et toujours à la maie heure, » se reproduire ce fait de trois frères se succédant au trône sans pouvoir le léguer à leurs fils. Louis X, Philippe V et Charles IV passèrent, emportés par un vent d'orage, comme si la mort rapide de Philippe le Bel, cité dans Tannée au tribunal de Dieu, n'eût pas suffi à venger le supplice des templiers, comme si, pour punir un si long règne d'implacable et froide tyrannie, ce n'eût pas été trop de l'extinction de toute une race de rois.
L'esprit positif avait dominé, à l'aide des légistes, sous Philippe le Bel. Le règne de Louis le Hutin fut une ère de réaction au profit de l'esprit chevaleresque : réaction éphémère, parce que le temps garde victorieusement ses conquêtes, en dépit des défaillances apparentes ou momentanées des peuples auxquels il en confie le dépôt ; réaction impuissante, parce que la noblesse ne sut pas lier ses intérêts à ceux du peuple, à qui appartient l'avenir, et que ce n'était pas sérieusement qu'elle appelait à son aide les communiers du plat pays. Cédant à la ligue des seigneurs, Louis, pendant moins de deux années qu'il passa sur le trône, rendit dix ordonnances favorables aux intérêts de la noblesse et du clergé. Cette recrudescence du génie féodal et des mœurs chevaleresques réchauffa pour longtemps la fureur belliqueuse de ces nobles-bandits chez lesquels le meurtre était devenu une habitude et le vol une nécessité, et il faut encore leur savoir gré d'avoir bien voulu faire légaliser les brigandages : témoin ceux de l'Amiénois, qui demandèrent au fils de Philippe le Bel,