‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 87 sur 225 · LES SEIGNEURS VENDENT LA FRANCHISE · texte numérisé non relu

LES SEIGNEURS VENDENT LA FRANCHISE

le désir de s'assurer un revenu fixe dont la perception fût sujette à moins d'embarras, décida les seigneurs à discuter avec leurs hommes les conditions de leur affranchissement (1), dont l'effet à peu près unique était de reconnaître au vilain le droit d'hérédité, qu'il n'avait pas eu jusque-là, et dont l'exercice restait subordonné à certaines réserves et conditions; la plus importante était d'être « communier, commun, » de vivre en communion (2), en complète communauté avec ses parents et ses « parsonniers, » nom que l'on donnait aux associés.

Les seigneurs se résignèrent d'autant plus facilement i délaisser la propriété de l'individu, que, non contents de la leur faire acheter à titre très onéreux, ils remplacèrent sur la glèbe ce qu'ils perdaient sur la personne, de telle sorte qu'après s'être affranchi lui-même, il resta au paysan à affranchir sa terre, rude besogne, plus rude peut-être que la première. Car, au vrai, le seigneur se trouve mieux de ce nouvel ordre de choses et doit avoir à cœur de se maintenir dans cette situation meilleure. Il y a rencontré le double avantage de se débarrasser du soin de faire cultiver directement ses domaines par ses serfs, et de se dégager de tout risque et de toute casualité, parce qu'il cède ses domaines moyennant des droits fixes et assurés, pour le recouvrement desquels non-seulement la personne, les biens et la récolte répondent, mais encore la glèbe, garantie impérissable, puisque ces droits la suivaient partout, quels qu'en fussent les propriétaires.

La personne ne fut pas entièrement dégagée, la glèbe fut surchargée. De là la servitude mixte, bien plutôt que l'affran-

(1) « La première et la plus efficace, peut-être, des causes d'affranchissement fut la nécessité où se trouvaient les seigneurs de pactiser avec leurs serfe, pour s'assurer un revenu qui fût sujet ù moins d'embarras. » — papou, MUt. 4* Provence, II, 2t.

(2) liuichenon, Uhl. de lireise et Bugeyt V partie, cbap. xiu, P, 22.

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