LES SEIGNEURS VENDENT LA FRANCHISE
que dix, ou environ. Il ne leur resle * que peu ou aussi comme rien ; pourquoi aucuns desdits habitants se sont départis du lieu, et départent de jour en jour (ordon. de fév. 1361). »
Charles V confirme en 1371 l'affranchissement donné aux habitants de Milly par le comte et la comtesse de Dampmartin : « Plusieurs personnes, est-il dit dans cette ordonnance confirmative, refusaient aucunes fois à y venir habiter et demeurer, et beaucoup s'en étaient éloignés et éloignaient, pour occasion de ce que nous étaient dues chacun an les servitudes et redevances qui suivent... »
Rien ne prouve mieux le malaise du campagnard, que cette inquiétude perpétuelle, que cette mobilité constante qui le chasse des lieux où il est et le pousse aux lieux où il n'est pas. C'est l'insomnie du malade qui se retourne sur son lit de douleur.
Jean de la Brosse, maréchal de France, voit sa chàtellenie de Boussac dépeuplée par les guerres et les calamités du temps. On n'y peut séjourner sans devenir serf et mortaillable, « pourquoi plusieurs gens doutent et se feignent d'y venir habiter; et si la chose étoit disposée pour que les venans et demeurans en icelle fussent et demeurassent francs, et de franche condition et orine, seroit notre dite ville bien peuplée et habitable, seroit notre profit et des nôtres, et accroissement de notre seigneurie et chàtellenie... »
Ce titre est du milieu du xve siècle, de 1Û27 ; le temps marche et la misère des pauvres ahaniers reste la môme, la tyrannie et l'égoïsme des maîtres n'ont point fléchi, les motifs qui les inspirent n'ont point varié. D'ailleurs, ces prétendus affranchissements, rarement absolus, entourés de restrictions et de réserves (1), presque toujours payés fort cher, n'étaient à proprement parler, ainsi que nous l'avons dit, qu'un changement de servage, et si l'on devait moins de son corps, on
(1) Ordonnances du Louvre, vil, 391 ; X, i37 ; xvi, iil, 441, 764. — De Laurière, I, 374.