‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 91 sur 225 · LE VILAINAGE REMPLACE LE SERVAGE · texte numérisé non relu

LE VILAINAGE REMPLACE LE SERVAGE

Phumanilé. Amoureux de la tyrannie pour elle-m£me, ils n'affranchirent point, et retinrent, pour le plaisir, leurs hommes dans les fers de l'esclavage (Perreciot, III, 328).

C'est dans les provinces du Midi que l'esclavage est le moins rigoureux, et c'est dans le Midi que les affranchissements sont le plus fréquents. Ils datent du xme siècle, pour la classe agricole, tandis que dans le reste du royaume, ils ne se montrent point avant l'ordonnancé de Louis X (1). C'est dans le Midi également qu'apparaît tout d'abord l'affranchissement par prescription, fruit du progrès par la civilisation. Il suffit, en Provence, qu'un serf ne soit point revendiqué dans le cours de l'année durant laquelle il s'est réfugié clans une ville, pour qu'il soit et demeure libre.

Du midi, l'affranchissement par prescription gagne du terrain et remonte peu à peu durant les siècles suivants dans les provinces du centre et du nord, et l'on s'affranchit par demeurance de trente, de vingt, de dix ans, plus ou moins, selon les lieux, lorsque l'on y a résidé comme libre sans avoir été réclamé ni inquiété. Ainsi, à Chalons, il fallait dix ans, tandis qu'à Mailly-le-Château, à Sens (2), il suffisait de la demeurance d'un an et jour. S'ils étaient réclamés dans cet intervalle, et reconnus serfs, ils étaient conduits hors de la chiUelIenie et livrés à la justice vengeresse de leurs maîtres.

L'ordonnance de 1315 ne fit donc nullement cesser l'esclavage, dont nous retrouverons des traces nombreuses jusqu'à là On du xvnr siècle. Seulement il se régularise et se subdivise, et de même qu'il y avait toute une hiérarchie de seigneurs, le servage va nous offrir désormais des nuances infinies. Ainsi, il y a toujours les serfs de mainmorte, les serfs de la glèbe, les uns, addicti glebœ, qui cultivent pour leurs seigneurs, les autres, adscripti glebœ, fermiers qui cultivent pour eux-mêmes, moyennant certaines redevances.

(1) Papon, Hist. de Provence, II, 212.

(2) Qrdonn. du Louvre, XI, 263 (art. 19).

Page 1