‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 93 sur 225 · À LE PROGRÈS N'EST QL*APPARENT · texte numérisé non relu

À LE PROGRÈS N'EST QL*APPARENT

hermes, » — eremi, du désert, — il les a créées, en quelque sorte, et fécondées des sueurs de son corps : il a mis la fertilité à la place de la stérilité, la vie à la place de la mort, et le seigneur seul a droit aux fruits de ses rudes labeurs.

Le serf de la Motte, au contraire, également en Bretagne, est attaché à son sillon et ne peut le quitter. S'il le fait et qu'il soit appréhendé par les officiers du seigneur, il y est ramené avec une corde au cou, et puni « d'une peine corporelle ou d'une amende pécunielle, à l'arbitrage du juge. » Je me contente de nommer le droit de Quevaize, connu dans certains cantons de la Bretagne, et qui avait de très grands rapports avec le droit de la Motte.

Puis il v a encore le serf casé, le serf coutumier, le serf de dévotion, le serf de formariage, le serf foncier, le serf de douze, de six, de quatre deniers, etc. Leur nom seul explique leur situation, dont nous avons indiqué déjà les principaux caractères.

Ces prétendus hommes libres, « plus malheureux que ne le furent jamais les esclaves (Sismondi, X, AA3), » reconnurent bientôt la vanité de l'illusion à laquelle ils avaient cédé ; beaucoup refusèrent de se racheter, beaucoup reprirent leur chaîne (1), et si leurs maîtres consentirent encore à accepter leur aveu et à les reconnaître pour leurs hommes, ce ne fut que pour pouvoir revendre la franchise à la génération suivante, afin de la dépouiller ensuite à discrétion, chose qu'ils faisaient communément au xiv* siècle (2). C'est alors que la

(1) « L'histoire nous présente au moyen âge, d'une part, le serf refusant la liberté, si elle n'est accompagnée de conditions fixes et de garanties assurées, que les redevances seront invariables, et de l'autre l'homme de poeste, l'homme libre, excédé par les exactions seigneuriales, se jetant dans la servitude et multipliant les mainmortes. » — Ghampionnière, De la propriété des eaux courantes, 492.

(2) « Les seigneurs se forment sur autres conditions et manières qu'ils ne faisaient pour lors, et trouvent pour le présent plus grande chevance que ne faisaient leurs prédécesseurs du temps passé, cur il* taillent leur peuple

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