‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 94 sur 225 · LA SITUATION RESTE LA MÊME · texte numérisé non relu

LA SITUATION RESTE LA MÊME

royauté qui, aux xr et xu* siècles, avait protégé 1rs villes contre leurs seigneurs laïques ou spirituels, souffle dans Pâme des serfs des campagnes les premières étincelles qui, en 1358, embraseront les châteaux de la féodalité.

« Les seigneurs, dit de Laurière, ayant traité leurs affranchis avec autant de dureté que s'ils n'avaient point cessé d'être serfs, ces malheureux, pour se mettre à couvert de ces vexations, implorèrent l'autorité souveraine, et nos rois leur accordèrent la permission de s'avouer leurs bourgeois, en leur payant le droit de jurée, et de devenir par ce moyen, comme ceux qui demeuraient dans les villes de communes, justiciables des juges royaux en défendant dans tous les cas personnels, civils et criminels, quoique domiciliés dans les terres et les justices de leurs seigneurs. Mais, comme ces nouvelles Bourgeoisies du roy anéantissaient les justices des seigneurs, ceux de Champagne, où ces bourgeoisies étaient en usage, en portèrent leurs plaintes au roi, ce qui donna lieu à l'ordonnance de 1302, et, comme elle eut peu d'effet, les seigneurs achetèrent du roi les droits royaux, et par ce moyen les roturiers qui demeuraient sur leurs terres et leurs justices, n'eurent plus la faculté de faire au roi aveu de bourgeoisie (1). »

De telle sorte que les serfs ont acheté du roi le droit de lui appartenir au préjudice de leurs seigneurs, qui lui achètent à leur tour le droit de reprendre leur autorité sur ceux-ci. C'est-à-dire que la royauté n'agit que dans son intérêt propre, sans nul souci des intérêts du peuple ni de la justice, recevant l'argent des deux adversaires et trahissant toutes les causes. Quant aux seigneurs, ils sauront bien se faire rembourser par leurs hommes de corps, qui auront payé deux fois pour se retrouver dans la même situation que devant.

volonté, et du temps passé ils n'osaient fors de leurs rentes et revenus. » — Froissart.

(1) Ittstiluics coutumière* de Loisel, liv. I, lit. i, §80.

T. i. ib

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