‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 95 sur 225 · LA SITUATION RESTE LA MÊME · texte numérisé non relu

LA SITUATION RESTE LA MÊME

C'est toujours vers le roi, cependant, que crie le peuple pour obtenir le redressement de quelque abus, et le roi trouve un triple avantage à lui donner tout d'abord satisfaction. II augmente ses revenus en se faisant payer pour la suppression de cet abus, il grandit en popularité, il excite les colères des mananls contre ses feudataires. C'est ainsi que par l'ordonnance de 1332 (1), il convertit en un fouage de trois sols tournois par an les « appaux volages », citations directes, sans commission ni ordonnance du juge, prêtant, par suite, largement à l'arbitraire, et dont le peuple soutirait «de jour en jour grans griefs, molestes et dommages. »

Bien que les chartes, les historiens et les légistes donnent encore le nom de serfs à tous les habitants de la campagne, affranchis ou non affranchis, ils ne sont cependant plus des serfs proprement dits, ils sont des vilains. Toute coutume, tout titre qui détaille les redevances des sujets, limite du même coup les droits du maître. Seulement le détail de ces devoirs était si long, ils enlaçaient dans des chaînes si nombreuses le malheureux paysan, que ce n'était guère la peine en effet de changer l'étiquette, et de serf le faire vilain. Les uns l'atteignaient directement et dans sa personne : tels sont ceux de corvée, de gîte, de guet, d'ost, etc. ; d'autres frappaient l'usage des choses publiques : péages, travers, droits de halles et marchés, etc.; d'autres interdisaient celui de certaines jouissances : herbage, pacage, blairie, panage...-, d'autres le réduisaient à l'impuissance d'user de sa propre chose : banalités, banvin, poche, chasse...; d'autres enfin, tels qu'amendes, confiscations..., étaient difficiles à éviter, bien qu'éventuels, tant les gens de justice, qui achetaient leurs charges pour en aUtrmer les produits, avaient hâte de rentrer dans l'intérêt de l'argent dépensé, en multipliant les condamnations.

, 1 , Voir aussi le proces-verbal de la coutume de Vermandois.

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