‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 96 sur 225 · LES CHARTES DES SKIGNEURS · texte numérisé non relu

LES CHARTES DES SKIGNEURS

En définitive, on ne reconnaissait au vilain, pas plus qu'au serf, aucune espèce de droit sur rien dans la création de Dieu i la terre, l'eau, le feu, l'air même qu'il respirait, rien n'était libre : « Ce n'est pas tout : les hommes, leur vie, leur mort, leur liberté, leurs contrats, leurs héritages, leurs troupeaux, leur commerce, leurs moindres actions, tout enfin, jusqu'à leurs plaisirs, était devenu l'objet d'un droit seigneurial (1). »

« On ne peut sans étonnement, dit Valin, considérer la multitude prodigieuse de droits que les seigneurs s'étaient arrogés autrefois par usurpation et par tyrannie, ou que lé caprice leur avait suggérés dans leurs inféodations et accetisements (Cout. de la Rochelle, art. I). »

L'épithète de prodigieuse dont se sert le commentateur de la coutume de la Rochelle n'a rien d'exagéré. Le caprice , l'usurpation, la tyrannie, c'est-à-dire, pour appeler les choses par leur nom, le vol, étant la seule base de la propriété féodale, le serf n'était point admis à discuter les termes de la charte passée entre son seigneur et lui. C'était une charte octroyée, dans toute la force du mot, frauduleuse et falsifiée (2), et chaque hobereau y insérait ce qu'il voulait : le plus petit se montrait souvent le plus exigeant.

a Combien de chartes ai-je vues où le seigneur parlait seul, sans qu'il parût d'autres conventions que sa volonté! — dit Guyot dans son Traité des fiefs (p. 646).

Renaudon, sans parler des droits honorifiques et particuliers, en énumère quatre-vingt-dix-sept, ayant trait seulement à la propriété, tirés des coutumes générales et locales, ou des titres particuliers; quatre-vingt-dix-sept, depuis Yabeillage, qui règle les droits du châtelain sur les essaims et

(1) Renaudon, Traité des droits seigneuriaux, Ht. V, ehap. x. — Guyot, Traité rfe«>îe/s, 1, 342. — Boutaric, Traité des droits seigneuriaux, 658.

(2) Tous les feudistes, Loyseau, Imbert, Lalande, Legraiid, etc., constatent la falsification par les seigneurs des titres relatant leurs droits féodaui.— Voy. aussi article 284 d'ordonnance de 1579.

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