LE VILAIN DÉPOUILLÉ DE TOUT
le fruit du travail des abeilles, jusqu'au xomage, dont il avoue n'avoir pu comprendre le nom ni le sens. Boutaric et Guyot, à cet égard, n'en savent pas plus long que Renaudon.
La liste, quoique longue, est incomplète cependant, et Ton chercherait vainement dans la nomenclature de l'auteur du traité des droits féodaux, Yabénévisy fort commun surtout dans le Lyonnais, le Dauphiné et la Provence (1). Voici en quoi il consistait : celui qui voulait détourner sur son fonds pour l'arroser, ou dans ses ruisseaux ou réservoirs pour ses moulins, l'eau pluviale des fossés ou des ornières des chemins, payait au seigneur haut justicier un quart des fruits du moulin ou des champs irrigués.
Cette prétention cesse de paraître exorbitante à mesure que l'on s'avance dans l'étude du droit féodal : il faut se familiariser avec ce droit, voilà tout. Les seigneurs avaient des rentes sur les nuages du ciel, ils en placèrent sur le vent de l'espace. Il le fallait bien : il ne pleut pas toute l'année, et il faut équilibrer pour chaque saison ses dépenses avec ses recettes. Les rentrées de l'abénévis sur les pluies de l'hiver alternaient avec celles du pulvérage (2), établi sur la poussière que fait voler si libéralement, l'été, le pied des moutons qui passent.
Jean-Baptiste Say disait : « Personne n'a jamais pu dire : Le vent et le soleil m'appartiennent, et le service qu'ils rendent doit m'ètre payé (3). » On voit que le savant économiste ne connaissait pas le droit féodal.
Cet étrange droit de pulvérage était, que l'on y songe, bien lourd pour les contrées du Midi ou l'on élevait ces immenses
(1) Boutaric, p. 653. — « Les quatre éléments se trouvent ici asservis à la puissance du seigneur. Toutes les eaux, même pluviales, qui tombent dans les seigneuries appartiennent aux seigneurs. » — ld., 658.
(2) «Pulveragium : pro ûrma pulveragii sui passagii animaiium lanitarum tempore œstivo, très quintales caseorum, duos francos, et sex denarios. » — Comptes manuscrits de la terre de Chalançois, II, 467.
(3) Traité d'économie politique, II, 160.