LES GRANDES COMPAGNIES
alors payer, et le duc ajouta les forts k ses domaines.
Le Languedoc, de son côté, traite avec eux et les éloigne a prix d'or: ils se retirent, reviennent après une absence de quelques mois, et consomment la ruine de la province. Le maréchal Raoul d'Audenham marche contre eux, mais les seigneurs, qui avaient tous leurs parents et tous leurs amis dans les bandes, refusent leur concours: on est contraint de traiter et d'écarter Badefol avec de l'or. Celui-ci, trois ans après, v€ut vendre ses services a Charles-le-Mauvais. « Le Gascon est trop cher, répondit le roi de Navarre ; puisqu'il veut tant se faire valoir, qu'on s'en défasse. » Il l'invite k dîner, et l'empoisonne. Privée de son chef, la bande de feadefol se montre de meilleure composition et met son courage au service de Charles.
Pacimbourg, l'insigne voleur, comme on l'appelait, qui avait eu cent mille florins d'or dans le marché passé avec le maréchal d'Audenbanà, ravageait le Gévaudan et l'Auvergne; Bérard d'Albret, Bertaguin, Espiole Bertaguin, Rabaud de Nessy, pillaient le Languedoc, tandis que l'archiprêtre saccageait la Lorraine. Abandonné de tous, le paysan avait perdu jusqu'à l'espérance et ne demandait plus même k être secouru, car les soldats que l'on opposait aux grandes bandes étaient des bandits eux-mêmes et consommaient sa ruine (i). En 1564, les compagnies ne firent plus que trois bandes qui se divisèrent la France : la première — la grande compagnie — eut
(l) Dom Calmet, Hist, de Lorraine, 111, 378.
TAuvergne, les bords de la Loire, la Champagne ; la seconde — les Navarrois, — sous Charles-le-Mauvais, prit le duché de Bourgogne ; la troisième, — les Comtois, — sous le comte de Monlbéliard, exploita la Franche-Comté. « La terreur chassait devant elles les habitants des campagnes, qui se réfugiaient dans les lieux fortifiés, emportant avec eux leur blé, leur vin, leur fourrage, et livrant aux flammes ce que la présence du danger ne leur permettait pas d'enlever (1). »
La mort de Charles de Blois mit fin k la longue guerre civile qui, depuis vingt-trois années, désolait la Bretagne. Congédiés par les deux partis, les bandits vinrent mettre à sac le reste de la France, c Leurs moindres crfmes étaient le ravage des campagnes et des villes ; ils égorgeaient jusqu'aux enfants dans le berceau, ils déshonoraient les vierges consacrées à Dieu, ils traînaient en esclavage les dames de la plus haute qualité, ils s'en servaient dans leurs marches pour porter les armes et le bagage. Les églises, les monastères, les vases sacrés, n'arrêtaient point ces sacrilèges. Ils réduisaient en cendres les lieux les plus saints, ils employaient contre les prêtres la rigueur des tourments et la mort même pour les obliger a découvrir les richesses du sanctuaire et les ornements de l'autel. » (Longueval, XVIII, p. 91.)
Les campagnes d'Avignon, où résidait le pape et où les cardinaux étalaient leur faste, attiraient les bandits. Urbain V prêcha contre eux une jacquerie universelle, invita les évêques et tous les fidèles k
(1) Papon, Hist, gén, de Provence, liv. vu, 209.
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