LE PAYSAN CESSE TOUTE CULTURE
partie, cessent de labourer et abandonnent femmes et enfants. « Mettons tout en la main du diable, se disent-ils Tun a Taulre ; ne nous ehault que nous devenions... Mieux nous vaudrait servir les Sarrasins que les chrétiens; faisons du pis que nous pourrons; aussi bien ne nous peut-on que tuer ou que pendre... Par le faux gouvernement des traîtres gouverneurs, nous faut renier femmes et enfants, et fuir aux bois comme bêtes égarées, non pas depuis un an ni deux, mais il y a quatorze ou quinze ans que celte danse douloureuse commença. »
Toute culture disparut : on laboura les prés, afln que les chevaux de la cavalerie ne trouvassent pas a vivre ; le sol, abandonné à lui-même, menaça de n'être plus qu'une immense forêt, repaire de bandits et de bêtes sauvages ; et ce devint un dicton populaire que, par leur puissance, les Anglais avaient fait pousser les bois en France.
« Les longues guerres a Tinlérieur et h l'extérieur, dit Thomas Basin, évêque de Lisieux (le pseudo- Amelgard), la lâcheté du régent et des princes, l'absence de toute discipline militaire, l'avidité et la licence des gens de guerre, livrèrent le royaume a telles dévastations, que depuis la Loire jusqu'à la Seine et même jusqu'à la Somme, presque toutes les terres restèrent sans culture, tous les cultivateurs étant morts ou en fuite.
« J'ai vu les plaines de la Champagne, de là Beauce, de la Brie, du Gâtinais, du pays de Chartres et de Dreux, du Maine et du Perche, du Vexin français et normand, du Beauvoisis, du pays de Caux, depuis la Seine jusqu'à Amiens et Abbeville, les
contrées de Senlis, de Soissons et du Valais, jusqu'à Laoïi et au delk versIeHainaut, entièrement désertes, incultes, sans habitants, remplies de ronces et d'épines. On n osait cultiver que les terres situées auprès des villes et des châteaux forts ; la sentinelle placée au sommet ^des tours agitait la cloche d'alarme ou sonnait du cor dès qu'elle apercevait au loin une trdupe d'ennemis, et aussitôt ceux qui travaillaient dans les champs ou dans les vignobles se hâtaient de chercher un asile derrière les murs des châteaux forts. »
Jacques Bonhomme en était arrivé au point de ne plus pouvoir distinguer ses amis de ses ennemis, tant les uns et les autres rivalisaient k son égard de férocité, de violences et de pilleries (1). Ainsi, k Meaux, là campagne était ravagée par Louis de Pacy, seigneur du bourg, du parti des Anglais, qui sut rendre autour de lui la contrée pour longtemps déserte et en friche. (Dom Duplessis, MeauXy I, 291.) Toutefois la ville n'avait pas suivi l'exemple de Paris et de tant d'autres cités, mais elle faisait payer cher aux campagnards sa fidélité k la cause nationale. « Souvent ses habitants sortaient en foule hors de leurs murailles et brûlaient dans leurs courses tout le pays ennemi jusque sous les murs de la capitale. » Le bâtard de Vauru, Armagnac, y commandait pour
^ duc de Clarence et les Anglais faisaient maux innuméque ennemis pourraient faire. » (Juvénal des Ursins,
gneur le dauphin mit grosse garnison à Meaux et à [uelles faisaient plusieurs courses, et des maux largement L » (irf., p. 544.)
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