‹ Histoire des paysansChapitre 29 sur 84 · LE MARTYRE · texte numérisé non relu

LE MARTYRE

la soldatesque, et, saisissant sa main, lui fit signer de force Faveu de tous les crimes imaginaires dont Taccusait la rage de ses ennemis. Elle fut reconduite dans sa prison.

On lui avait fait jurer de reprendre les vêtements de son sexe, et de ne jamais revêtir ceux des hommes. Dans h nuit, ses gardiens lui enlevèrent les premiers, qu'ils remplacèrent par des habits d'homme ; k son réveil, elle se plaignit d'une telle trahison, en protestant qu'elle aimerait mieux ne point se lever que de transgresser son serment. Mais au milieu du jour, force. lui fut de délaisser sa couche, et pour sortir, de se vêtir de ce qu'elle avait k sa disposition. Alors on court avertir k grand bruit l'évêque et le vicaire de rinquisition de ce grand parjurement de Jeanne, et ils accourent furieux, lui reprochant avec violence ce manquement a sa parole. En vain, Jeanne se plaint encore de l'odieux subterfuge dont elle est victime, et des outrages dont une soldatesque insolente l'abreuve nuit et jour. Cauchon se relire ; il rencontre sur son passage Warwick et quelques Anglais qui devisaient joyeusement en jouant aux dés : « Fare well ! leur crie-t-il tout triomphant, fare well î Réjouissez-vous et faites bonne chère ! nous la tenons ! »

Tel fut en effet le grand crime pour lequel Jeanne fut condamnée au dernier supplice.

Le 30 mai au matin, le frère Martin l'Advenu vint lui apprendre que son heure était arrivée, et qu'un effroyable supplice lui était réservé. La femme reparut a ce moment suprême, elle se laissa aller c k crier piteusement et k s'arracher les cheveux, » puis la résignation reprit le dessus, elle se confessa, et l'on

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n'osa pas refuser reucharistie k celle que Ton condamnait comme hérétique et relapse. Gauchon voulut jouir de la vue de sa victime. « Ëvéque, lui dit-elle, c'est par vous que je meurs, mais j'en appelle de vous devant Dieu. » On la revêtit d'une longue robe de deuil, on mit sur sa tête la mitre de l'inquisition, où étaient écrits ces mots : c Hérétique, relapse, apostolate, ydolastre ; » et elle monta sur une charrette traînée par quatre chevaux ; il était neuf heures du matin. Huit cents hommes de guerre formaient l'es* corle et l'accompagnèrent jusqu'au Vieux-Marché.

La pauvre fille priait, le visage inondé de larmes. Un homme fend la foule émue et se précipite aux pieds de Jeanne, criant merci vers l'infortunée martyre, et implorant son pardon de celle qui allait mourir; c'était Loyseleur, le prêtre coupable qui avait fait de la confession un moyen d'espionnage pour perdre Jeanne. Il faillit payer de sa vie son tardif repentir trop hautement exprimé. Deux échafauds étaient élevés sur la place du Vieux-Marché, l'un pour les juges, l'autre pour les évêques ; en face s'élevait un énorme bûcher pour l'érection duquel les Anglais avaient appelé k leur aide tous les raffinements d'une lâche férocité. Une épaisse couche de plâtre s'étendait sous les pieds de Jeanne, afin que la mort s'avançât plus lente, plus cruelle, et ils l'avaient élevé plus haut que de coutume, pour que le bourreau ne pût « bonnement ni facilement l'expédier ni l'atteindre. »

Après un sermon qui ne dura pas moins d'une demi-heure, Gauchon lut la sentence de condamnation. L'héroïque martyre demanda une croix, un Anglais lui en fit une avec deux bâtons qu'il lia en travers ;

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