‹ Histoire des paysansChapitre 32 sur 84 · FAMINE · texte numérisé non relu

FAMINE

laissaient périr de faim, si on ne les rachetait (280* 288).

<K Le roi, tous les ans, taillait deux fois son peuple pour aller combattre Talbot, et il n'en faisait rien... £t après les pactis, les courses et les taillades sans pitié, on fit une ordonnance qui défendait de passer sur aucun pont sans payer, que l'on fût k cheval, k pied ou en charette... s^

€ Tous les seigneurs de France étaient tous devenus comme femmes, car ils n'étaient hardis que sur les povres laboureurs et les povres marchands qui étaient sans nulle arme. » Pour achever on défendit de payer les tailles en monnaie de Bourgogne, d'Angleterre ni de Flandre : le peuple n'avait tout justement que cette monnaie-lk. Quant k Charles, « ne lui challait comment tout en allât, que de chevaucher de pays en autre, toujours bien accompagné de vingt mille ou plus de larrons qui mettaient k destruction tout son pays (288-295). » — ^« Et était la pillerie par toute la Champagne, la Brie et la Beauce... Et le roy et tous les seigneurs, chacun en son endroit, soutenait ces pilleries (1). »

Parce que les annalistes ne daignent parler que de ce qui se passait dans les provinces voisines de Paris et dans celles où la cour portait ses pas, il ne faut pas croire que le reste de la France fût plus paisible. C'est tout le contraire, et les historiens des provinces en font foi k chaque page. Tandis que dans le Languedoc le seigneur de Murât, l'un des complices

(l) GuiU. Gruel, Hist, d'Artois III de Richemont, connétable, 313.

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de Tassassinal du duc de Bourgogne, ravageait la contrée k la tête de ses malandrins, que diverses bandes de routiers se tenaient sur les bords de la Saône, du côté. du pays de Dorabes, d'autres sur la Loire, du côté de Gien et de La Charité, d*autres du côté du Lyonnais et du CbaroUais ; tandis que d autres encore tenaient la ville de Clamecy, d'où ils faisaient la course dans TAuxerrois, le bandit Rodrigues de Villandras saccageait la Guyenne, le Médoc, Bucb, et le pays entre les deux mers, si bien que deux siècles après, on y parlait encore avec terreur « du méchant Rodrigues. »

Après que les Anglais eurent été chassés de la Champagne, une famine de cinq années décima la province (1433-1437). Les cultivateurs s'étaient réfugiés derrière les murailles des cités ; mais les champs étant demeurés incultes, on y mourait de faim. On voyait ces malheureux à la porte des maisons, où Ton refusait de les recevoir, expirer k demi enfouis sous les fumiers auxquels ils demandaient au moins un peu de chaleur. La campagne appartenait aux loups ; n'y trouvant plus personne k dévorer, ils pénétrèrent jusque dans les villes épouvantées. Quand nous voyons Provins perdre la moitié de ses habitants (1), quelle dépopulation effroyable devonsnous attribuer aux villages !

On avait vu, en J428, beaucoup de gens, dans les villages, s'empoisonner en dévorant des racines de ciguë. Dix années plus tard, la famine fut plus âpre encore, et Ton poursuivit une femme des environs

(1) Bourquelot, II, 91. — Mignerot, Précis de VhisL deLangres,

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