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LE BON ROI RENÉ

d'Abbeville qui avait volé un enfant, l'avait tué, démembré, salé comme un pourceau, et qui s'en nourrissait (1). L'année d'après, en 1459, le connétable Artus de Richemont reçoit le gouvernement des pays situés au nord de la Loire. Il veut donner sa démission, ne pouvant réprimer les pilleries des soudarts de tous les partis. « Le roi et tous les seigneurs, chacun en son endroit, soutenait ces pilleries, et le connétable n'y pouvait pourvoir, nonobstant que toujours on faisait justice à sa puissance (2). »

Cette soif épidémique du crime gagnait tous les princes, et jusqu'aux meilleurs, témoin René d'Anjou, ce roi d'Yvetot du XV^ siècle, bonhomme pour son temps, artiste estimable et prince médiocre. Les duchés de Lorraine et de Bar lui étant échus, le premier par la mort de son beau-père, le second par celle de son grand -oncle, il trouva un rude compétiteur dans Antoine, comte de Vaudemont, frère du défunt duc de Lorraine. René envahit le comté de Vaudemont, « qu'il réduisit k son obéissance après l'avoir fait piller. » Le comte Antoine implore l'assistance du duc de Bourgogne, et vient, k la tête des troupes anglaises, lorraines et bourguignonnes, < attaquer la ville de Bar et ravager tout ce duché. » Antoine, chassé ensuite par René, implore une seconde fois le duc de Bourgogne et revient en Lorraine qu'il dévaste de nouveau, coupant les arbres et arrachant les vignes. Les braves des deux partis prennent si bien goût au pillage que les deux princes

(1) Cimber et Danjou, Arch. cur,, l'o série, t. VIIÏ, p. 28, 35.

(2) Mémoires éC Artus III, 213.

rivaux sont contraints de. réunir contre eux ceux de leurs soldats qui veulent bien leur obéir. On achète réloignement des uns, on extermine les autres avec Taide des paysans qui survivent encore, puis enfin René est battu, pris et retenu pendant six années dans les prisons du duc de Bourgogne.

Pendant ce temps, son frère aîné Louis, roi de Sicile, meurt k Naples, lui laissant en héritage son royaume et ses principales possessions. Roi de Sicile, de Jérusalem, d'Aragon, de Majorque, duc d'Anjou et de Bar, et comte de Provence, il lui manquait cependant une chose, la liberté. La riche cité de Metz lui fournit Targent de sa rançon, et il s'élance en Italie, où il perd sa couronne, encore mal affermie sur sa tête.

Cependant la France et l'Angleterre signent une trêve, et Tannée suivante (1444), Repé donne sa fille Marguerite d'Anjou en mariage k Henri VL Les habitants de Metz viennent alors lui réclamer le prix de sa rançon. Or, comme tout justement alors Charles VII cherchait les moyens de débarrasser le royaume des soldats c qui désolaient toujours étrangement la France, » René lui demanda de les envoyer en Lorraine assiéger Metz k son profit, pour la soumettre d'abord , et pour ne pas payer ensuite. Charles accéda k sa demande et alors commença une longue et eff'royable guerre. En 1438, Robert de Commercy et ses lieutenants, le bâtard de Vertus, le grand Estraque, le petit Estraque, Charles de Cervolle, Fort d'Épice, le prévôt de Longayon, saccagèrent k l'envi le pays messin. Sur ces entrefaites, le dauphin Louis élait allé déverser une partie des malandrins sur les terres de l'Empire, et ils avaient commis de

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