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RÉFORMES DE CHARLES VII

joars, s'il en manquait, forgerait-on nouvelles causes de guerres et de troubles, afin de maintenir milices et tributs, et cette calamité ne demeurera point par* ticulière au royaume de France, mais la contagion gagnera les autres nations, comme nous le voyons commencer de nouvelleté en certaines seigneuries, libres jusqu'ici de telles servitudes.

€ L'autorité divine nous commande bien d'être soumis aux princes, mais non comme serfs. L'Âpdtre dit : « Ne soyez point serfs des hommes. » Il dit encore : « Serf es-tu appelé, n'en aie point de souci ; « mais si tu peux devenir libre, mieux feras-tu. » Obéissons donc librement k qui nous commande selon la justice et la loi ; mais ï qui commande contre la loi et la justice pour satisfaire ses iniques passions, subvenir l'État et tout réduire en servitude, n'obéissons pas si nous avons pouvoir de résister ; ce sera plus juste encore (1). »

Les soldats, en dépit de leur nom, étaient rarement soldés, et c'était souvent leur situation normale et régulière de vivre aux dépens du manant, ainsi que cela semble résulter d'une c monstre (revue) de huit hommes d'armes, k cheval, et quarante-cinq archers, de la compagnie de sir Hue Stanlowe, escuyer, qui sont des gens des chanips et agaicies, vivans sur le pays, sans gaiges, et ne sont d'aucunes garnisons ou retenues ordinaires (2). »

En 1445, Charles VII, au lieu de congédier toutes les troupes après avoir conclu une trêve avec l'An-

(1) Historia Càroli VU, lib. IV, 169-181.

(2) Cité par Monteil, Hist, des Français des divers états, IV, 396.

gleterre, garda quinze cents hommes d'armes et trois mille archers, qui furent logés et nourris sur la campagne. Le peuple, pour se libérer de ce fardeau, consentit k ce qu'on levât une taille nouvelle en argent, pour le payement de ces gens d'armes, € sans considérer qu'une fois établie elle né dépendrait plus de lui. ni pour la durée, ni pour l'augmentation. » (Mézeray, VI, 361.)

Encouragé par cet essai, Charles, en rendant la milice perpétuelle, était fondé k rendre cette taille perpétuelle. Jacques Bonhomme paya donc ses défenseurs : seulement nous verrons qu'il lui arriva d'être, par surcroît, pillé, battu et martyrisé par eux tout autant que par le passé. Mieux eût valu, k tout prendre, l'être gratis.

Charles sut choisir avec habileté l'instant favorable pour mettre k exécution l'ordonnance du 2 novembre 1439, rendue k la suite des États-Généraux d'Orléans. Les écorcheurs avaient péri par milliers k la suite du dauphin Louis, sur les bords du Rhin, et en Lorraine, sous la conduite de René d'Anjou. Non content de briser le faisceau qui faisait leur force en les tenant rapprochés, il souleva contre eux une nouvelle jacquerie, et, dans le texte de l'ordonnance, il revint jusqu'à cinq fois sur l'ordre donné aux hommes des communautés rurales de courir sus k tous ceux qui refuseraient de se disperser. (Art. 16, 25, 27, 28, 34.) Il désigna du même coup les nobles aux colères du peuple, « pour ce que, souventes fois, après que, du consentement des trois états, le roi a fait mettre sus aucune taille sur son peuple pour le fait de sa guerre..., les seigneurs et autres empêchent

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