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IMMUNITÉS DES VILLES

Champagne. Le comte de Roussi, fils aine du connétable, qui commandait les armées du duc tandis que son père était à la tête de celles. du roi, désolait les environs de Tonnerre, Joigny, Troyes, Langres, brûlant partout les villages, et laissant derrière lui le désert pour demeure aux habitants ; pendant ce temps, le comte dauphin d'Auvergne se livrait, au nom du roi, k des excès analogues dans la Bourgogne (1) : cette expédition garda le nom de terrible.

Cependant Gharles-le-Téméraire avait décidé l'Anglais k le seconder dans sa lutte, et Edouard IV venait de débarquer en Normandie. Louis XI envoya des troupes pour incendier le pays afin que l'ennemi ne pût y vivre. « Il me semble, écrivait-il k*Dammartin, lieutenant général en Picardie, que pour parvenir k rompre le propos qu'ont les Anglais de venir en Normandie, je devais envoyer mes gens courir en Picardie, afin de détruire tout le pays d'où les vivres auraient pu leur venir. Je les ai envoyés par le pont Rémy, parce que le passage de la Blanquetaque n'est pas sûr pour une grande compagnie. Ils ont tout brûlé, depuis la Somme jusqu'à Hesdin, et de là sont venus faisant toujours leur métier jusqu'à Arras. » (Louandre, 385.)

L'amiral de France était entré sans résistance k SaintrRicquier, les Bourguignons ayant, k son ap-

(4) « Par suite de cette horrible guerre, la population avait été tellement décimée qu'une foule de villages restèrent sans habitants, et qu'en plusieurs endroits des terres labourables se changèrent en forêts, faute de cultivateurs. » (Rougebief, Hist, de la Franche-Comté, 398.)

proche, évacué sur Abbeville. L'amiral ordonne a tous les habitants, de tout âge et de tout sexe, de se rassembler le lendemain k six heures du matin, sous peine de mort, hors de la ville, près de la porte Notre-Dame, pour être conduits « là où il les voudrait mener. » Il les dirige sur Amiens, et les Fraiiçais incendient la ville que les soldats pillent « b leur aise et plaisir. » Après \^ ville, ils brûlent sur la campagne, après les avoir pillés, une foule de villages, « qui trop longs seraient a escripre. » (Louandre, 586.)

Après la mort de Charles-le-Téméraire, Louis XI s'empara des États de sa fille Marie, épouse de Tar-

chiduc Mâximilien d'Autriche. Celui-ci déclara la

guerre au roi de France, et vmt faire camper son

armée aux alentours de Valenciennes, de Douai et de Quesnoy. L'époque de la moisson étant arrivée, Louis et Mâximilien signèrent une trêve pour donner aux laboureurs le temps de rentrer leurs récoltes. « Mais quand le roi de France vit que les seyeurs de blé étaient au plus grand nombre, nonobstant la trêve, il envoya ses gens d'armes et fit enlever tous les laboureurs et moissonneurs. Les gens d'armes français en tirèrent grands biens et avoir, et oncques depuis le roi ne voulut ouïr parler de cette trêve et de cette exécution (1). »

- Une ordonnance du 26 mai 144{^ avait exempté les bourgeois de Paris de payer les tailles, pour y attirer des habitants et repeupler la ville. Louis XI fit mieux : il proclama sa capitale lieu d asile pour les

(I) Mém. d'Olivier de la Marché, 561.

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. MISÈRE GÉNÉRALE. i89

malfaiteurs, idée a lui, dont nul n'avait donné l'exemple, et qui n'eut point d'imitateur. Il étendit k d'autres villes, Bayonne, etc., le droit d'exemption, et il est de tous les rois celui qui fit le plus pour la bourgeoisie des cités, celui qui lui accorda le plus d'immunités aux dépens des campagnes. Reprenant le mouvement arrêté par Louis XI, il permit aux bourgeois de posséder des fiefs nobles, afin de faire passer la propriété foncière aux mains de la classe intermédiaire, intronisant ainsi une noblesse bourgeoise qui, devant tout a la royauté, lui serait plus dévouée que la noblesse féodale, toujours disposée à lutter contre ses empiétements. Le service des fièfs était devenu inutile depuis l'établissement des armées |)ermanentes, de sorte que le fardeau de la défense comme de l'entretien du pays tendait de plus en plus a peser exclusivement sur le peuple.

Le chiifre des (ailles était plus que doublé, les exemptions se multipliaient dans les cités, où sont les richesses, et c'était toujours Jacques Bonhomme qui payait. Aussi, aux étals de Tours, l'archevêque de Reims, Juvénal des Ursins, après avoir dès les premiers mots de son discours fait la part du roi, omnia sunt régis, se plaignait-il des impôts portés de 1,800,000 fr. a 3,600,000, des pilleries des officiers royaux et des gens de guerre, (\es excessives pensions des princes du sapg et des officiers du roi, toics engraissés du sang du peuple.

Ce qui n'empêcha pas le roi de porter bientôt la taille k 4,700,000 livres.

Rendons-lui cependant la justice de dire qu'il publia des ordonnances pour réprimer les excès incom-

piébensibles des gens d'armes. Dans celle du 15 mai 1470, il leur reproche de prendre les chevaux et les charrettes des pauvres gens, leurs « robes, couvertures, linceulz, » et de se porter contre leurs personnes aux violences les plus pernicieuses. {Ordon., XVII, 293.) Mais dès Tannée suivante ils ravagent la Lorraine, et il ne faut pas moins que les efforts réunis du duc Nicolas d'Anjou et de l'électeur palatin pour, après plusieurs mois de lutte sur la campagne, les chasser du pays. Non loin de là, c'est le comte de Vaneberg, du parti du roi, qui dirige les courses des aventuriers dans le pays Messin. (Laguille, Alsace, 353. — D. Calmet, Lorraine, IV.)

En 1481, après un hiver long et rigoureux qui fit périr un grand nombre d'arbres, survinrent un printemps et un été pluvieux ; on ne put rentrer les récoltes, il ne resta rien au paysan, les prélèvements du roi, des seigneurs et de l'Église étant faits, et plus de cent mille hommes périrent de misère. (Bouchet, Ann, d'Aquitaine, 286.) Dans le Velay, les campagnards veulent venir chercher un asile dans les villes, qui leur ferment leurs portes. On voyait ces rnisérables paître l'herbe dans les champs, chanceler sur leurs jambes amaigries, tournoyer sur eux-mêmes, puis expirer au milieu dès convulsions d'une lente agonie (1482). Tel était l'excès de la misère par toute la France, que Louis dut décharger momentanément des tailles les habitants de la Loire, ruinés par la rupture des levées par* suite des inondations de cette année, a la charge de relever ces digues protectrices ; puis, redoublant d'hypocrisie superstitieuse aux approches de la mort, il exempta, moyen-

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